Annexe

“Résolution confidentielle” du Comité Exécutif de l’Internationale Communiste sur l’action du Parti Communiste d’Italie (PCd’I)

(Exécutif Élargi de juin 1922)  

(«programme communiste»; N° 108; Août 2025)

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À l’issue des discussions avec la délégation italienne, à côté d’une résolution publique qui affirmait que le comité exécutif de l’Internationale  considérait les Thèses de Rome sur la tactique comme “inexactes” et demandait qu’au prochain Congrès du Parti des positions “en parfaite concordance avec la ligne tactique de l’Internationale Communiste” soient adoptées, Zinoviev proposa une résolution “confidentielle” sur ce que devait faire le PCd’I Elle fut acceptée par la délégation italienne. Dans un rapport au comité exécutif du Parti, daté de Moscou le 13 juin, Bordiga explique que « les Allemands voulaient s’opposer au texte de Zinoviev parce qu’ils trouvaient qu’il nous faisait trop de concessions. Nous n’avons pas jugé opportun de revenir sur les termes utilisés, par crainte qu’une révision le rende moins favorable ». Sur le mot d’ordre du gouvernement ouvrier, « la résolution donne une définition qui nous a paru acceptable. Dans son discours Zinoviev a dit que ce n’était qu’un synonyme de la dictature du prolétariat ». Il est clair que ceci n’était pas dans la ligne tactique sur le gouvernement ouvrier suivie en Allemagne. Bordiga terminait en disant : « au premier abord vous pourriez avoir une appréciation défavorable du texte mais je ne suis pas mécontent ».

La majorité de la délégation (Graziadei, représentant de la petite minorité de droite, ne s’y associa pas) demanda cependant que soit rajoutée au procès-verbal une déclaration où elle revenait sur certaines accusations et où aussi elle tempérait la vision trop optimiste sur la situation italienne (dans une intervention Zinoviev l’avait qualifiée d’“objectivement révolutionnaire”) ; nous la publions à la suite de la résolution (1).

 


 

(1) Ces documents furent publiés sur Il Stato Operaio n° 7, 24 avril 1924. cf. https://www. quinterna.org/archivio/1921_1923/internazionale _tattica.htm

 

 

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« Le CE de l’IC estime absolument indispensable :

 

1) Que le PCI en finisse immédiatement et catégoriquement avec ses hésitations sur la question de la tactique du front unique. En aucun cas on ne peut admettre une distinction de principe entre le front unique sur le terrain syndical et le front unique sur le terrain de la lutte politique. Toutes les tentatives du PCI pour faire cette distinction ne font que condamner ce parti à des demi-mesures, manifestent une impuissance doctrinale, facilitent la campagne des réformistes et des serratiens contre le PCI, paralysent les efforts des communistes pour regrouper les masses ouvrières autour de leur Parti, et enfin affaiblissent la position de l’IC dans sa campagne pour le front unique.

2) Que le PCI lance dans les plus brefs délais le mot d’ordre du gouvernement ouvrier et fasse en sa faveur la campagne la plus énergique dans la presse, dans les réunions, dans les relations avec d’autres partis, etc. La situation en Italie, l’instabilité du gouvernement bourgeois, les crises parlementaires continuelles, la lutte sourde des deux tendances dans le PSI, l’offensive toujours plus vive du capital, les explosions incessantes de guerre civile, la recherche passionnée d’une issue caractérisant le moral de la masse prolétarienne – tout cela crée au PCI un terrain extrêmement favorable pour sa propagande pour le gouvernement ouvrier. Il va de soi que cette idée de gouvernement ouvrier ne doit absolument pas être considérée comme une combinaison parlementaire, mais comme la mobilisation révolutionnaire de tous les ouvriers pour le renversement de la domination bourgeoise.

3) Que le PCI prenne l’initiative du front unique prolétarien contre le fascisme. Pour cela le PCI doit faire hardiment et catégoriquement la proposition que soient constitués dans toute l’Italie des Comités Ouvriers locaux de tous les partis ou sans-partis. Il est bien entendu que la tâche essentielle du Parti reste d’armer ses militants et d’avoir partout ses groupes pour combattre le fascisme. »

 

 

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Déclaration de la majorité de la délégation du parti sur la résolution confidentielle

 

« La majorité du Parti italien tient à affirmer qu’elle a élaboré une conception de la tactique communiste en général et de son application au front unique en particulier, dans un cadre précis et complet où la distinction de principe entre le front unique dans le domaine de la lutte économique et dans le domaine de la lutte politique ne peut être trouvée. Selon cette conception, l’application de la tactique du front unique a une valeur et des objectifs clairement politiques et vise à intensifier l’influence du Parti dans la lutte politique. La tâche prévue pour le Parti communiste dans l’ensemble du mouvement devait éviter les coalitions avec d’autres partis politiques comme base d’un organe commun pour la direction de la lutte prolétarienne, sans pour autant diminuer en rien l’importance de cette fonction et le caractère politique fondamental de la lutte. La majorité du Parti Communiste d’Italie conteste avoir eu des hésitations dans l’orientation de la tactique du Parti et s’être contentée de demi-mesures, ayant toujours suivi un plan nettement formulé, dans le seul but d’exploiter au maximum la situation concrète pour la lutte contre les socialistes et tous les autres adversaires du Parti et de l’Internationale. Elle ne conteste pas, évidemment, qu’elle ait pu commettre des erreurs, ni le droit de l’IC d’exiger toute modification de la tactique du Parti italien, selon les résolutions de la majorité de ces organes suprêmes et sous leur responsabilité. La majorité de la délégation italienne estime également que le tableau de la situation italienne contenue dans la résolution Zinoviev pourrait conduire à un jugement inexact sur l’instabilité du gouvernement bourgeois. Les événements survenus sur la scène parlementaire ne doivent pas nous amener à conclure que la classe dirigeante italienne ne dispose pas d’un solide appareil d’État préparé pour une formidable lutte contre-révolutionnaire, avec le soutien de bandes fascistes irrégulières. Il faut également souligner le danger que représente la politique combinée des réformistes, d’une part, et des serratiens et autres groupes faussement révolutionnaires, d’autre part. Les uns et les autres avec une campagne de tolstoïsme et de critique défaitiste du “militarisme rouge” empêchent l’organisation révolutionnaire de l’avant-garde prolétarienne, et tandis que les premiers visent au compromis avec la bourgeoisie, les seconds couvrent leur trahison par le jeu d’une démagogie qui détourne le prolétariat de ses véritables tâches de lutte. Il faut étudier les effets de ces influences qui pourraient préparer l’action prolétarienne qui s’approche à une issue indésirable, alors que les communistes cherchent à en faire une étape vers l’élévation du niveau de préparation idéale et matérielle de la classe ouvrière pour la lutte révolutionnaire finale. Compte tenu de la situation actuelle en Italie, il est évident que le moment où le mot d’ordre du gouvernement ouvrier devra être lancé, tant du point de vue des objectifs réels que de la réalisation de la discipline complète des mouvements d’ensemble du Parti, doit correspondre à un tournant concret de la situation. Ce tournant peut consister dans la réalisation de la grève générale déclenchée par un épisode spectaculaire de l’offensive bourgeoise, ou dans la convocation d’un Congrès national de l’Alliance du Travail, comme résultat de la campagne menée par le Parti Communiste depuis longtemps.

Pour ce qui est du point 3, la majorité de la délégation italienne déclare que l’initiative dont il y est question a déjà été prise par le parti italien depuis un certain temps. Des comités locaux existent, ce sont les comités de l’Alliance du Travail, dont le développement doit être suivi selon la campagne du Parti Communiste, qui atteint son maximum en ce moment. La situation actuelle exclut totalement qu’on puisse proposer de nouveaux comités en dehors de l’organisation de l’Alliance du Travail.

En ce qui concerne la date limite du 15 juillet, le parti italien, prêt à la respecter dans le sens le plus strict, se réserve le droit de présenter au Comité exécutif des propositions concrètes sur le moment opportun pour lancer le mot d’ordre du gouvernement ouvrier dans l’intérêt du succès de la lutte révolutionnaire, en fonction des conditions énoncées ci-dessus et de la situation pratique que la délégation trouvera à son retour en Italie. »

 

 

Parti Communiste International

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