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Ukraine : le jeu du Risk de la Coalition des Volontaires
TOUT EN S'ARMANT JUSQU'AUX DENTS DANS SON ILLUSOIRE « CONQUÊTE DU MONDE », LA « COALITION DES VOLONTAIRES » POUSSE LA POPULATION UKRAINIENNE À SE SACRIFIER CONTRE LA RUSSIE POUE ASSURER SES PROPRES AFFAIRES ET INFLUENCE POLITIQUE, EN ATTENTE D'UN « APRÈS-GUERRE DE PAIX » IMAGINAIRE.
La première fois que l’on a entendu parler de la « Coalition of the Willing » (Coalition des Volontaires) en tant que coopération plurinationale, au-delà des pactes bilatéraux et multilatéraux des différents États et, bien sûr, à caractère totalement impérialiste, remonte à 1973, quand l’ONU montrait ouvertement son incapacité fondamentale à gérer les conflits qui éclataient dans diverses régions du monde pour y rétablir, sinon la paix, au moins un équilibre acceptable pour les impérialismes en présence, par la constitution de « forces militaires de paix » dites de maintien de la paix, plus communément appelées « casques bleus ». Comme c’est souvent le cas, l’idée d’une coalition de nations disposées à s’engager dans des opérations de stabilisation dans des contextes de conflit international, face à l’absence totale d’initiatives de l’ONU, a mûri au sein d’établissements universitaires, en l’occurrence américains (le Massachusetts Institute of Technology et Harland Cleveland de l’université du Minnesota). L’initiateur fut un certain professeur Bloomfield qui divulgua son idée par le biais du New York Times. Le secrétaire d’État américain Henry Kissinger, en 1973, à l’époque de la guerre israélo-arabe du Yom Kippour et de la crise pétrolière déclenchée par les pays arabes de l’OPEP en soutien à l’action militaire de l’Égypte et de la Syrie, reprendra cette idée et la mit lui-même en pratique au Moyen-Orient. Kissinger s’est tourné vers plusieurs États, en dehors de l’OTAN européenne, afin de constituer, précisément, une coalition de « volontaires » à la place des troupes de l’ONU qui auraient dû obtenir l’accord du Conseil de sécurité, au sein duquel siégeait l’URSS, dont le veto était certain puisqu’elle soutenait l’Égypte de Sadate et la Syrie de Hafez al-Assad contre Israël de Golda Meir. Au bout d’un mois de guerre, Kissinger s’accordera avec Moscou sur une intervention diplomatique selon leurs influences respectives afin de mettre fin au conflit, d’autant plus que le prix du pétrole avait grimpé en flèche et que les pays européens de l’OTAN n’avaient pas accepté de s’aligner sur les États-Unis pour soutenir Israël, la France se distinguant particulièrement en raison de ses excellentes relations avec le monde arabe et de son opposition aux États-Unis. Déjà à l’époque, Kissinger avait mis en garde l’Europe contre de « graves conséquences » si elle ne se rangeait pas aux côtés des États-Unis dans cette guerre… En effet, la crise pétrolière, indubitablement due à l’initiative des pays arabes de l’OPEP d’augmenter le prix du baril, dura tout au long des années 1970 et ce sont surtout les pays européens, essentiellement importateurs, qui en firent les frais, alors que les États-Unis et la Russie étaient également producteurs. Ainsi et en réalité, cette fracture entre les pays européens et les États-Unis ne s’est jamais ressoudée, et la récente guerre russo-ukrainienne l’a pleinement mise en évidence.
Les forces de maintien de la paix de l’ONU devaient constituer des forces d’interposition dont la mission était de veiller au respect des accords de cessez-le-feu entre les belligérants. Généralement désarmées ou dotées d’armes légères, ces forces n’avaient pas pour mission d’intervenir militairement, mais seulement d’observer et de rapporter au Conseil de sécurité de l’ONU d’éventuelles violations des accords. Depuis sa création, le Conseil de sécurité de l’ONU est composé comme membres permanents des représentants des cinq puissances victorieuses de la Seconde Guerre mondiale : les États-Unis, l’URSS/Russie, le Royaume-Uni, la France et la Chine, ainsi que de dix autres membres non permanents, élus par l’Assemblée générale de l’ONU tous les deux ans. Toute cette ossature, dotée de lois, de règlements et de règles de type parlementaire, principalement financée et maintenue par les grands pays impérialistes (y compris le Japon et l’Allemagne, qui ne font pas partie du Conseil de sécurité permanent), sert, en pratique, à proclamer urbi et orbi que le grand objectif de tous les pays capitalistes du monde serait la paix universelle… alors qu’ils alimentent les guerres partout dans le monde.
Mais l’histoire même des conflits inter-impérialistes, cause de la Première et de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que de toutes les guerres qui ont marqué le deuxième après-guerre et la «post-seconde après-guerre », et à l’origine de la préparation d’une troisième guerre impérialiste mondiale, est une histoire qui montre que le véritable objectif de tout impérialisme est de défendre ses parts de marché et d’influence déjà conquises, en cherchant par tous les moyens à les accroître, au détriment, bien sûr, des parts de marché et d’influence de ses concurrents. Les guerres servent à remettre sans cesse en cause les équilibres à peine atteints. Et le fait que derrière chaque déclenchement de guerre, où que ce soit sur la planète, se cachent les mains et les intérêts d’un ou plusieurs pays impérialistes, est une réalité incontestable que même les démocraties les plus pieuses et les plus candides ne peuvent plus dissimuler.
La « Coalition des volontaires » a fait son apparition sur la scène mondiale en 1973, parallèlement à la grande crise pétrolière qui a porté un coup sévère aux plus grandes économies mondiales et qui a préfiguré la crise générale de l’économie capitaliste de 1975. Contrairement aux forces de maintien de la paix de l’ONU, pratiquement désarmées, cette Coalition prévoyait le déploiement de troupes entièrement armées, relevant d’une sorte de directoire constitué par ses fondateurs, et dont la mission était similaire à celle des casques bleus, à savoir s’interposer entre deux belligérants, mais surtout défendre le belligérant qui, selon les canons formels d’un « droit international » pro-occidental, avait été agressé. Inutile de réaffirmer ici ce que nous avons toujours soutenu au sujet de l’agresseur et de l’agressé : pour nous, tout pays capitaliste, a fortiori s’il est impérialiste, est congénitalement agressif ; par conséquent, le fait qu’à une date donnée ce soit l’un ou l’autre à tirer le premier coup ne change rien à la nature de la guerre, précisément parce que celle-ci est la continuation de la politique étrangère menée par des moyens militaires par toute bourgeoisie au pouvoir. Il n’existe en effet aucun État qui ne soit pas armé ; la force militaire d’un pays est représentée par son État et sert deux objectifs : agresser ou se défendre contre une agression ; mais, en substance, tout État bourgeois est par principe agresseur, car l’économie et le pouvoir politique dont il est l’expression l’exigent. Quoi qu’il en soit, depuis 1973, la « coalition des volontaires » a de nouveau été mobilisée lors de la guerre que les États-Unis, aux côtés du Royaume-Uni, ont préparée et menée de 2003 à 2011 contre l’Irak de Saddam Hussein, en l’accusant de posséder des armes chimiques de destruction massive et de protéger le terrorisme international, ce qui s’est par la suite révélé totalement faux. Cette guerre a été menée par une coalition multinationale à laquelle participaient pas moins de 46 pays, outre les États-Unis et le Royaume-Uni. Il était évident que le grand nombre de pays ayant répondu à l’« appel » de Washington et de Londres ne comptait pratiquement pour rien sur le plan militaire, ni en termes d’effectifs ni en termes de puissance militaire : les 140 000 soldats américains et les 8000 soldats britanniques représentaient respectivement 75 % et 23 % des forces militaires présentes en Irak, les 46 autres pays représentant les 2 % restants. Il va sans dire que parmi les pays impérialistes européens, on ne pouvait manquer de trouver les mieux équipés militairement et les plus désireux de tirer un certain avantage de leur soutien aux États-Unis et au Royaume-Uni dans leur guerre contre l’Irak, comme l’Italie, l’Espagne, la Pologne, etc. Ce grand nombre de pays que Washington et Londres pouvaient lister pour la guerre en Irak servait tant à rallier le consensus au sein de leurs propres pays qu’à justifier une guerre qui « devait » concerner le monde entier, même si elle n’avait pas reçu l’aval de l’ONU. C’est le pourquoi de la Coalition des volontaires
APRÈS LA GUERRE IMPÉRIALISTE ARMEE ET OUVERTE, VIENT LA CONFRONTATION À DISTANCE, APPELÉE « GUERRE FROIDE »
On ne comprendrait pas ce qui se passe ces toutes dernières années si l’on ne jetait pas un regard sur ce qui s’est passé au cours des périodes précédentes. Une fois terminée la Seconde Guerre mondiale impérialiste, commença la période historique appelée « Guerre froide », une période qui dura près de 45 ans, de 1946 à 1991. Mais la « Guerre froide », en réalité, n’était pas l’alternative à la « guerre chaude ». Elle se voulait une sorte d’équilibre, un pacte de trêve plus ou moins durable, entre les superpuissances atomiques victorieuses de la guerre, à l’époque les États-Unis et l’URSS ; mais, tandis que ces deux superpuissances atomiques « réorganisaient » l’Europe en la divisant en deux zones d’influence (la partie occidentale sous tutelle et contrôle militaire américain, la partie orientale sous tutelle et contrôle militaire russe), le reste du monde restait encore à « réorganiser ». À la fin de la Seconde Guerre mondiale impérialiste, bien qu’affaiblis, subsistaient les empires coloniaux anglais, français, portugais et belge, tandis que ceux d’Espagne et des Pays-Bas étaient désormais réduits à quelques territoires limités ou à quelques îles, et que celui de l’Italie, de constitution plus récente, avait pratiquement disparu (La Libye et l’Érythrée passèrent sous le contrôle de la Grande-Bretagne, l’Éthiopie devint indépendante et la Somalie sera administrée pour le compte de la Grande-Bretagne par l’Italie démocratique jusqu’en 1960 pour devenir elle aussi « indépendante », tandis que l’Albanie, soumise à l’Italie depuis 1915, devint indépendante en 1944).
La période de la « Guerre froide » impérialiste englobe toutes les guerres qui se sont déroulées dans différentes régions du monde : de la guerre d’Indochine de 1946 à 1954 à son prolongement sous la forme de la guerre du Vietnam de 1955 à 1975, de la guerre israélo-arabe de 1948-1949 à la guerre de Corée de 1950 à 1953, des guerres coloniales portugaises de 1961 à 1975 en Guinée, en Angola et au Mozambique aux guerres israélo-arabes des « Six Jours » (juin 1973) et du Kippour (octobre 1973), de la guerre civile au Liban de 1975 à 1982 à la guerre Iran-Irak de 1980 à 1988, de la guerre des Malouines de 1982 à la guerre du Golfe (contre l’Irak qui avait occupé le Koweït) de 1990 à 1991. Dans toutes ces guerres, les États impérialistes se sont toujours impliqués, tant directement qu’indirectement, et non pas tant par le biais de « coalitions de volontaires » que par leurs propres forces armées ou, par procuration, par le biais des forces armées des pays qui leur sont soumis.
Une grande partie de cette période correspond à toute une série de guerres de libération menées par les colonies, notamment en Afrique et en Asie, au cours desquelles les populations colonisées ont profité de l’affaiblissement des impérialistes européens, à la fois à cause de la crise économique mondiale et de la difficulté de maintenir fermement leur contrôle politico-social et économique sur leurs colonies, pour se lancer dans des soulèvements anticoloniaux. La guerre d’indépendance en Algérie (indépendante depuis 1962) a revêtu une grande importance en raison de l’influence qu’elle a eue dans toute l’Afrique du Nord et en Europe ; il en va de même pour le Congo (tant le Congo français/Brazzaville que le Congo belge/Kinshasa), tous deux indépendants depuis 1960 mais sans cesse déchirés par des guerres internes et fratricides soutenues par les compagnies minières et les anciennes puissances coloniales. En 1980, lorsque la dernière colonie – la Rhodésie du Sud – accéda à l’indépendance (sous le nom de Zimbabwe), les cent ans de colonialisme européen en Afrique ont pris fin, même si, en raison des évènements historiques liés au régime de l’apartheid en Afrique du Sud (qui s’est formellement affranchie du Royaume-Uni en 1961), une véritable indépendance politique – avec la fin de l’apartheid – n’a été acquise qu’en 1994 !
Entre-temps, outre la France et le Royaume-Uni, d’autres pays se sont dotés d’ogives nucléaires, ce que les deux superpuissances n’ont pas été en mesure, à l’époque, d’empêcher ; ainsi, la Chine, le Pakistan, l’Inde, la Corée du Nord et Israël (1), selon les informations officielles des gouvernements, ont rejoint le cercle des pays dotés de la bombe atomique. Comme on le sait, l’Iran a lui aussi tenté de se doter d’ogives nucléaires, mais déjà à l’époque du Shah, les États-Unis l’en avaient empêché, tandis que la toute récente guerre menée par les États-Unis et Israël contre Téhéran a été justifiée par la nécessité d’empêcher l’Iran de se doter lui aussi de la bombe atomique. Il est clair que la possession d’ogives nucléaires fait partie de la dissuasion utilisée par tout État qui en dispose contre les autres États qui pourraient l’attaquer. À l’époque, on parlait d’« équilibre de la terreur », de la terreur qu’une guerre atomique éclate, avec des conséquences susceptibles de faire disparaître de la surface de la Terre la majeure partie des êtres humains, en désertifiant la majeure partie de sa surface. Mais à cet équilibre de la terreur, la fin de la « guerre froide » semblait avoir ouvert la voie à une longue période de « terreur de l’équilibre », poussant les grandes puissances impérialistes à menacer plus fréquemment de recourir aux armes nucléaires depuis qu’elles se sont dotées d’armes atomiques tactiques, c’est-à-dire, selon les scientifiques, à effet destructeur partiel.
Avec les guerres yougoslaves de 1991-1999, la période dite de la « guerre froide » prend fin et commence celle où la politique étrangère des grandes puissances mondiales, menée par des moyens militaires – c’est-à-dire par la guerre armée –, fait une entrée en force en Europe. En vérité, dès la répression extrêmement violente des soulèvements prolétariens en Allemagne de l’Est en juin 1953 (Berlin, Halle, Magdebourg, Gera, Iéna, Leipzig, Dresde, etc.), la Russie stalinienne avait contribué à maintenir le contrôle impérialiste sur l’ensemble de l’Europe, conformément au partage convenu avec Roosevelt et Churchill lors de la Conférence de Yalta (en Crimée) en février 1945. Les soulèvements prolétariens de 1953 en Allemagne de l’Est auraient pu gagner les prolétaires d’Allemagne de l’Ouest ; c’est pourquoi les impérialistes occidentaux s’attendaient à ce que la Russie stalinienne fasse son « devoir » : utiliser toute la force de son armée pour réprimer la révolte du prolétariat qu’elle s’était chargée de contrôler et de dominer. Les interventions militaires russes en Hongrie en 1956 et en Tchécoslovaquie en 1968 furent menées dans le même but de maintenir l’Europe « pacifiée ». Mais les visées du jeune et agressif impérialisme russe ne pouvaient manquer de se tourner vers l’Asie centrale, territoire historique d’intérêt russe compte tenu de sa configuration géographique eurasienne ; c’est pourquoi, lorsqu’en 1979, le gouvernement pro-russe de Kaboul fut attaqué par les moudjahidines afghans, la Russie envahit l’Afghanistan. La guerre qui éclata durera plus de dix ans, mais la Russie finit par la perdre et, en 1989, elle trouvait un accord avec l’Afghanistan des talibans, les États-Unis et le Pakistan pour se retirer. Le violent choc que la Russie allait subir, résultant de la conjonction de divers facteurs extrêmement défavorables à sa domination eurasienne, a entraîné l’effondrement de l’ancien pouvoir politique, lié à un système idéologico-propagandiste et à une Nomenklatura désormais usée et totalement inefficace : les impératifs du marché exigeaient un changement, et ce changement a bien eu lieu, mais pas dans le sens d’un « tournant démocratique » à l’occidentale, mais d’une relève qui se chargerait de faire face à l’effondrement de l’ancienne URSS et à la fuite « indépendantiste » des différentes républiques auparavant fédérées, tout en préservant les prérogatives et les ambitions les plus profondes d’une puissance contrainte de panser ses blessures, mais qui n’avait pas l’intention de se plier aux diktats des impérialistes occidentaux. Les guerres en Tchétchénie (1994-1996 et 1999-2009) et en Géorgie (2008) ont servi de signal aux États-Unis et à l’Union européenne pour qu’ils restent à l’écart du Caucase, et il devait en être de même avec l’Ukraine en 2014, pour laquelle il ne restait à Moscou que le choix d’une guerre d’invasion – venue à maturité en 2022 – pour empêcher qu’elle aussi ne tombe, complètement entre les mains des impérialismes occidentaux,
LA SECONDE GUERRE MONDIALE EST TERMINÉE, MAIS ELLE N’A JAMAIS CESSÉ DE SE POURSUIVRE, TANTÔT DANS UN PAYS, TANTÔT DANS UN AUTRE, TANTÔT SUR UN CONTINENT, TANTÔT SUR UN AUTRE, POUR REVENIR EN EUROPE, LÀ OÙ ELLE AVAIT COMMENCÉ
Nous avons déjà évoqué les guerres yougoslaves. La guerre russo-ukrainienne a présenté une situation différente de celle que l’on observait habituellement dans les guerres précédentes, où les puissances impérialistes occidentales intervenaient directement avec leurs propres forces militaires, soit dès le début, soit à un certain stade de leur déroulement ; mais elle présente tout de même une certaine similitude avec les guerres yougoslaves, en ce sens qu’il s’agissait d’une guerre par procuration, menée par les forces militaires locales mais pour le compte de forces étrangères, jusqu’à ce que, après que la Slovénie et la Croatie eurent été soutenues par l’Allemagne et la Serbie par la Russie, l’OTAN (c’est-à-dire les États-Unis et leurs alliés, dont l’Italie, la France, etc.) intervenant d’abord en Bosnie, en 1995, puis en Serbie en 1999.
En Ukraine, en revanche, la Russie était directement impliquée, avec une armée puissante ; il n’était pas question d’un affrontement direct avec une superpuissance nucléaire pour « défendre » l’Ukraine (qui, à l’époque, ne faisait partie ni de l’OTAN ni de l’Union européenne), d’autant plus que la stratégie politico-militaire des impérialismes occidentaux prévoyait que ce soit l’armée ukrainienne qui affronte les Russes, en la soutenant par des financements, des armements et des campagnes politico-propagandistes qui accusaient (et continuent d’accuser) la Russie de tout acte de sabotage dans les pays européens (qu’il soit réel ou présumé) et de vouloir… envahir l’Europe. L’Ukraine représentait, et représente toujours, après la plupart des pays d’Europe de l’Est, une proie supplémentaire pour les impérialistes occidentaux, tant du point de vue industriel et agricole que de celui de l’exploitation d’un prolétariat instruit et spécialisé, des matières premières et de la position géostratégique par rapport à la Russie, avec la possibilité de la bloquer, au moins dans sa partie européenne, au sud, dans les limites des eaux de la mer Noire et de la mer d’Azov relevant de son influence. Il est évident que la Russie avait tout intérêt à étendre son contrôle sur la majeure partie de la rive nord de la mer Noire. C’est d’ailleurs en juin dernier qu’a été annoncée la nouvelle selon laquelle Moscou a obtenu gain de cause devant la Cour permanente d’arbitrage de La Haye, contre l’Ukraine, dans le litige qui l’opposait depuis dix ans à Kiev concernant les droits maritimes en mer Noire, en mer d’Azov et dans le détroit de Kertch qui, à l’est de la Crimée, relie les deux mers (2). Cet arrêt est important pour la Russie car la mer Noire constitue un nœud crucial pour son trafic maritime (commercial et militaire) ; quant à Kiev, elle a représenté jusqu’à présent la voie principale pour 90 % de ses exportations de produits agricoles (blé, orge, graines de tournesol, maïs, etc.), dont elle est également l’un des principaux producteurs mondiaux ; la voie maritime, comme chacun sait, est bien moins coûteuse que le transport ferroviaire ou routier, ce qui la rend stratégique tant pour Kiev que pour Moscou.
Faire de l’Ukraine un bélier militaire contre les visées expansionnistes de Moscou n’était rien d’autre que la poursuite du projet politique mis en place par les impérialistes euro-américains dès son « indépendance » de 1991, après l’effondrement de l’URSS. L’Ukraine devait connaître le même sort que tous les autres pays de l’Est, autrefois satellites de Moscou, et se retrouver prise dans l’enchevêtrement des intérêts des impérialistes occidentaux. La Russie a tenté de faire pencher le pouvoir politique de Kiev en sa faveur par le biais d’élections démocratiques ; elle était sur le point d’y parvenir, mais cela ne plaisait ni à Washington, ni à Londres, ni à une partie de l’oligarchie ukrainienne. C’est pourquoi des manifestations, parfois violentes (comme l’Euromaïdan), ont été organisées contre le président Ianoukovitch, qui s’opposait, en substance, à l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne et à l’OTAN. Finalement, Ianoukovitch a dû s’enfuir en Russie et l’Ukraine est restée entre les mains de l’oligarchie pro-occidentale qui a élu Zelensky, également apprécié à Washington et à Londres, comme son représentant et qui deviendra leur porte-drapeau contre la Russie.
Nous avons suivi le déroulement de la guerre russo-ukrainienne depuis ses premiers instants et nous continuerons jusqu’à son dénouement. C’est pourquoi nous ne reviendrons pas ici sur les sujets que nous avons abordés dans de nombreux articles depuis 2022 (voir la page spéciale consacrée à l’Ukraine sur le site https://www.pcint.org).
Il est toutefois important de souligner une chose à présent : il s’agit du comportement des États-Unis tout au long des évènements concernant l’Ukraine et la Russie (en réalité, l’Europe tout entière) : un comportement qui, à première vue, peut sembler schizophrénique – Biden 100 % pro-Ukraine, contre Trump qui retire les financements et les armes à l’Ukraine précisément au moment où celle-ci a le plus besoin de soutien financier et militaire – mais qui, en réalité, répond aux contradictions caractéristiques de toute opération impérialiste, tant sur le plan politique que militaire. Quel était l’objectif euro-américain ? Rattacher l’Ukraine au camp occidental (OTAN et UE), en l’arrachant à la Russie, qui reste toujours un concurrent impérialiste de poids considérable. Il fallait donc mener des actions à caractère économique, financier, politique et militaire (même si celles-ci étaient temporairement contradictoires entre elles, notamment en raison des rivalités intra-européennes), en planifiant les moyens et le calendrier d’intervention afin d’atteindre, in fine, l’objectif de faire de l’Ukraine un avant-poste euro-américain. La guerre, vers laquelle on se dirigeait inévitablement, étant donné que Moscou n’aurait jamais accepté la présence de missiles de l’OTAN en Ukraine, devait apporter des avantages politiques et économiques non seulement aux Européens, mais surtout aux États-Unis ; il fallait empêcher que ce pays ne devienne un territoire économique de l’impérialisme russe. Dans la gestion de ses relations avec les forces politiques et militaires ukrainiennes, Washington ne pouvait manquer de tenir compte de la présence des impérialistes européens, avec leurs intérêts, leurs relations tant avec la Russie qu’avec l’Ukraine et, bien sûr, leurs ambitions impérialistes qui ne coïncidaient pas avec celles des États-Unis. Les relations commerciales avec la Russie, notamment celles de l’Allemagne et de l’Italie, mais aussi des Pays-Bas et du Royaume-Uni, étaient très positives depuis de nombreuses années : la Russie c’est avant tout des matières premières d’une importance vitale pour l’économie industrielle européenne (pétrole brut, ses dérivés, gaz naturel, palladium, platine, or, argent, cuivre, aluminium, etc.), et ce à des prix avantageux. Or, faire la guerre à la Russie – sans envoyer un seul soldat sur le terrain et en utilisant uniquement de la chair à canon ukrainienne – signifiait pour Washington de rompre les relations commerciales privilégiées des Européens avec la Russie et de les obliger à s’approvisionner en matières premières – avant tout en pétrole brut et ses dérivés, ainsi qu’en gaz naturel – auprès des États-Unis, étant donné que l’Europe a toujours été déficitaire sur ce plan ; pour l’Europe, cela signifiait surtout perdre ses excellentes relations commerciales avec la Russie concernant des matières premières d’une importance vitale, ainsi qu’un marché important pour ses propres produits industriels. C’est pourquoi la guerre contre la Russie menée par l’intermédiaire de l’Ukraine entraînait pour les pays européens une dépendance encore plus forte vis-à-vis des États-Unis et un coût économique très élevé.
L’administration Biden – de concert avec Londres et l’UE – entendait mettre la Russie en crise à la fois en réduisant drastiquement ses exportations de pétrole et de gaz, et en lançant une série interminable de sanctions économiques visant à isoler la Russie au niveau mondial et à affaiblir son économie (à l’exception des relations entre la Russie et la Chine, sur lesquelles ni Washington, ni Londres, ni même l’UE n’avaient et n’ont la moindre possibilité d’interférer). Mais les vingt séries de sanctions adoptées jusqu’à présent contre la Russie ont, en réalité, davantage nui à l’économie des pays européens qu’à celle de la Russie.
Biden, Londres et les alliés européens comptaient sur une victoire de l’Ukraine face à la Russie, après l’avoir affaiblie économiquement et politiquement ; mais ils comptaient surtout sur une guerre qui devait durer des années et non des mois, c’est pourquoi ils ont poussé Kiev à ne pas accepter d’accord avec Moscou moins d’un mois et demi après l’invasion. La guerre sert à détruire les masses de forces productives qui encombrent les marchés, elle sert à reconstruire demain sur les décombres du pays détruit, mais elle sert aussi, entre-temps, à générer d’énormes profits provenant des armements et des livraisons de tout produit et de toute infrastructure utiles à soutenir l’effort de guerre. La population ukrainienne, et en premier lieu son prolétariat, a été et continue d’être sacrifiée sur l’autel du dieu dollar, du dieu euro, du dieu capital impérialiste qui se nourrissent du sang et de la sueur prolétariens pour satisfaire exclusivement les intérêts capitalistes. Le même sort frappe également le prolétariat russe, cible d’une propagande impérialo-nationaliste présentée sous un angle antinazi et de défense face à une OTAN agressive, et contraint de verser son sang non pas pour ses intérêts de classe, mais pour ceux de son principal exploiteur, l’impérialisme russe. L’Ukraine n’avait pas vraiment d’alternative : soit elle redevenait un pays lié à Moscou, et son prolétariat aurait été exploité pour satisfaire les intérêts de l’impérialisme russe en plus de ceux du capitalisme national ukrainien, soit elle devenait un pays lié aux impérialistes euro-américains qui auraient exploité son prolétariat autant, sinon plus, que la Russie. Mais Kiev représentait une proie trop importante pour les impérialistes d’Europe et d’Amérique, et la guerre déclenchée dès 2014 contre les pro-russes du Donbass, puis, après l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, directement contre la Russie, confirme que le capitalisme – quelle que soit la capitale à laquelle il se réfère – ne peut survivre à ses crises périodiques qu’en déclenchant des guerres de pillage, d’abord locales, comme nous l’avons décrit dans les chapitres précédents, mais en préparation d’une guerre véritablement mondiale.
La politique de Washington, dès 1945, prévoyait que l’Europe devienne son territoire de prédation. Le fait que les pays européens soient très développés sur le plan industriel et constituent donc un territoire économique et financier de premier ordre, a été un avantage pour le capitalisme américain, car après les avoir rendus dépendants du dollar et des forces armées américaines, il les a contraints et les contraint encore à soutenir son économie malgré l’augmentation vertigineuse de sa dette publique. De ce point de vue, l’impérialisme américain ne peut se passer des impérialistes européens, et les impérialistes européens ne peuvent se passer de l’impérialisme américain ; leurs marchés respectifs sont particulièrement intégrés et constituent une partie fondamentale du marché mondial, tout comme c’est le cas pour la finance internationale ; tandis que, du point de vue de la « protection militaire », les États-Unis, grâce à leurs dizaines de bases militaires en Europe, ont joué à la fois le rôle de « défenseurs » superpuissants face à la Russie et celui de puissance dominante sur les plans technologique, numérique et spatial. Cela n’enlève rien au fait qu’au cours de ces quatre-vingts années de soumission à Sa Majesté le Dollar, les inévitables conflits inter-impérialistes ont contribué à désagréger une alliance qui semblait inébranlable sous un drapeau unique appelé « l’Occident ».
Et c’est reparti : l’Amérique – comme on appelle habituellement les États-Unis en raison de leur puissance mondiale – n’a pas perdu cette tendance, acquise avec la victoire lors de la deuxième guerre impérialiste mondiale, à considérer l’Europe comme un continent qui doit sa survie, son développement, sa vitalité économique et financière, uniquement à l’intervention américaine pendant la Seconde Guerre mondiale et, surtout, dans l’après-guerre, à coups de millions de dollars pour relancer son économie dévastée par la guerre. Ces ravages n’ont pas été causés uniquement par l’Allemagne, mais aussi par l’Amérique, qui a bombardé des gares, des ports, des ponts, des villes entières. C’est pourquoi, pour nous, membres de la Gauche communiste italienne, toujours convaincus que « ce sont l’argent, les capitaux et les moyens de production qui comptent pour faire la guerre ; l’habileté militaire et le courage sont des marchandises en vente sur le marché mondial, regorgeant de super-malins et de super-niais » (3), il nous tenait à cœur de préciser – face à la propagande d’une paix due aux « libérateurs » anglo-américains du fascisme et du nazisme – qu’en réalité, une autre guerre mondiale se préparait déjà et que c’était précisément l’Amérique, la seule puissance mondiale à n’avoir subi aucune catastrophe sur son territoire et à avoir conservé intacte sa puissante machine de production, qui votait d’immenses crédits de guerre en déclarant que son espace vital était le monde entier et pas seulement le continent américain. La Troisième Guerre mondiale, écrivions-nous, serait « l’entreprise la plus retentissante d’agression, d’invasion, d’oppression et d’asservissement de toute l’histoire. Il ne s’agit pas seulement d’une guerre éventuelle et hypothétique, car elle est déjà en cours, cette entreprise s’inscrivant dans la continuité directe des interventions dans les guerres européennes de 1917 et de 1942, et constituant au fond l’aboutissement de la concentration d’une immense force militaire et destructrice en un centre suprême de domination et de défense du régime de classe actuel, le régime capitaliste, la mise en place des conditions optimales pour étouffer la révolution des travailleurs dans n’importe quel pays » (4). Ces mots ont été écrits en 1949, alors que se préparait la guerre américaine en Corée, et ce n’est pas un hasard si l’article qui y était consacré portait le titre « La Corée, c’est le monde » (5).
Nous le répétons, pour nous, marxistes, une chose était évidente : « L’espace vital des conquérants étatsuniens est une ceinture qui fait le tour de la Terre ; c’est le point d’aboutissement d’une méthode qui a commencé avec Ésope, lorsque le loup a reproché à l’agneau de troubler l’eau alors qu’il buvait en aval. Blancs, noirs et jaunes, aucun d’entre nous ne peut avaler une gorgée d’eau sans troubler les cocktails servis aux rois de la camorra ploutocratique dans les boîtes de nuit des États-Unis » (6). À l’époque, le monde était divisé entre deux superpuissances : les États-Unis et la Russie, et si l’espace vital de l’Amérique était une ceinture qui faisait le tour de la Terre, il en allait de même pour la Russie ; par conséquent, la guerre mondiale prévue aurait opposé ces deux superpuissances. Mais une autre hypothèse fut également avancée, compte tenu de la supériorité incontestée de l’Amérique en termes d’industrialisation avancée de tous les secteurs économiques, y compris agricoles, et en termes de capitaux financiers, à savoir celle-ci : la domination américaine sur le monde aurait pu être atteinte « même sans une guerre au sens propre entre les États-Unis et la Russie », mais à quelle condition ? « si la vassalité de la seconde [la Russie] pouvait être assurée, non pas par des moyens militaires et une véritable campagne de destruction et d’occupation, mais par la pression des forces économiques prépondérantes de la plus grande organisation capitaliste au monde – peut-être demain l’État anglo-américain unique dont on parle déjà – par un compromis grâce auquel l’organisation dirigeante russe se laisserait acheter à des conditions avantageuses ; et Staline aurait déjà fixé le montant à deux milliards de dollars ».
Le fait qu’en plusieurs décennies, on ne soit pas parvenu à une guerre au sens plein entre les États-Unis et la Russie montre que cette dernière hypothèse a été poursuivie avec détermination par les deux puissances, et du côté américain avec la conviction que le temps jouerait en faveur de Washington ; entre-temps, une série de soulèvements anticoloniaux éclatait en Afrique et en Asie, provoqués par les conséquences économiques et sociales désastreuses dans les colonies, ce qui entraînait à son tour un réel affaiblissement des anciennes puissances coloniales, désormais incapables de maintenir le contrôle colonialiste d’autrefois. Ainsi, les contradictions du capitalisme à l’échelle mondiale ont encore davantage enchevêtré les relations inter-impérialistes, offrant toutefois aux États-Unis et, en partie aussi à la Russie, un affaiblissement politique supplémentaire des anciennes puissances européennes, ce qui a facilité la domination du dollar sur la reconstruction d’après-guerre des pays européens et leur réduction – sans coup férir – à un statut de vassalité vis-à-vis de Washington. Nous savons que la pratique de la vassalité concernait également les pays d’Europe de l’Est vis-à-vis de Moscou et que cette situation avait été convenue entre Moscou et Washington. Mais combien de temps pouvait durer la domination politique d’une puissance comme la Russie sur une partie non négligeable de pays européens qui, d’un point de vue industriel, pouvaient rivaliser avec la Russie, comme l’Allemagne de l’Est, la Tchécoslovaquie et, en partie, la Pologne ? L’écart économique, surtout sur le plan industriel, entre les États-Unis et la Russie, au cours des trente années qui se sont écoulées entre 1945 et 1975, restait toutefois toujours très large, et cela n’a pas permis à la Russie d’industrialiser et de réindustrialiser les pays d’Europe de l’Est sur lesquels elle exerçait sa domination politico-militaire – contrairement à ce que les États-Unis ont réussi à faire en Europe occidentale, notamment parce qu’il s’agissait de pays déjà avancés sur le plan capitaliste. Si l’on ajoute alors qu’en 1990, après la chute du mur de Berlin, la réunification de l’Allemagne a fait entrer dans l’OTAN l’autre moitié de l’Allemagne et qu’en l’espace d’une décennie à partir de 1999, dix autres pays, parmi lesquels d’anciens satellites de Moscou et d’anciens pays de la Yougoslavie, ont rejoint l’OTAN ; en 2017 s’y ajoutera le Monténégro et en 2020 la Macédoine du Nord, de sorte que même les Balkans, à l’exception de la Serbie, ont été engloutis par l’OTAN. Après que la Biélorussie, « indépendante » depuis 1991, se soit fermement inscrite (du moins jusqu’à présent) dans l’orbite de la Russie, tant sur le plan économique que politico-militaire, l’Ukraine était le seul grand pays d’Europe de l’Est à rester comme pivot entre « l’Occident » anglo-américain et « l’Orient » russe. L’invasion russe de février 2022 visait à empêcher l’Ukraine de tomber dans le giron occidental et, une fois de plus, Washington, aux côtés de Londres et de ses alliés européens, a jugé qu’il n’était pas dans son intérêt de se lancer dans une guerre frontale contre la Russie, tandis que l’armée ukrainienne était désignée comme la « première ligne » de l’Occident euro-américain dans la guerre contre la Russie. Au bout de trois ans de guerre depuis février 2022, la situation sur le terrain s’avérait déjà défavorable à l’Ukraine de Zelensky, aux impérialistes européens qui l’ont financée et armée pour qu’elle fasse la guerre à la Russie à leur place, et aux États-Unis qui, au vu de la série de défaites accumulées au cours des dernières décennies – dont la dernière, celle en Afghanistan, est la plus cuisante –, s’intéressaient bien davantage aux régions de l’Indo-Pacifique et du Moyen-Orient qu’à continuer de s’engager dans une guerre où trop d’intérêts contradictoires entre les alliés occidentaux eux-mêmes empêchaient un commandement unique (évidemment américain) de l’ensemble de l’opération.
L’AMÉRIQUE DE TRUMP SE DÉSENGAGE DES CONFLITS EN L’UKRAINE ET LES IMPÉRIALISTES EUROPÉENS SE RÉINVENTENT LA COALITION DES VOLONTAIRES
Le revirement américain par rapport à l’engagement pris envers ses alliés européens et l’Ukraine s’est produit alors que l’issue de la guerre russo-ukrainienne était déjà scellée : l’Ukraine ne l’emporterait jamais et devrait finir par convenir avec la Russie de la fin des combats au prix de la perte d’une partie importante du Donbass (voire de la totalité), comme Trump l’avait lui-même laissé entendre à Zelensky lors de l’une de leurs premières rencontres ; de plus, afin de faire prévaloir l’intérêt américain sur les intérêts européens, divers et contradictoires, l’administration Trump avait décidé d’exclure les Européens des négociations avec Moscou, et ce pour deux raisons : premièrement, parce que la guerre que les Européens eux-mêmes avaient sollicitée et soutenue n’avait pas abouti au résultat escompté (victoire de l’Ukraine et son adhésion à l’OTAN, la plaçant ainsi sous commandement américain), deuxièmement, parce que Washington n’avait pratiquement rien gagné de cette guerre après avoir tout de même dépensé des milliards de dollars en prêts et en armement et avoir dépensé sa propre protection politique en faveur de l’Ukraine (7), au risque de compromettre totalement ses relations avec Moscou, pour laquelle elle conserve toutefois un intérêt dans une fonction anti-chinoise. Lors d’une de ses premières rencontres avec Zelensky, Trump l’a contraint à signer – comme compensation pour le soutien et les dépenses engagées en faveur de l’Ukraine – un contrat de concession portant sur les ressources minières que l’Ukraine possède, comme par hasard, principalement dans le Donbass. Trump était celui qui, dès le début de son mandat présidentiel en janvier 2025, avait déclaré au monde entier que, grâce à ses relations personnelles avec Poutine, il mettrait fin à la guerre en un clin d’œil. On a vu comment les choses se sont passées, et ce n’est certainement pas uniquement de la faute des alliés européens…
Le fait que la guerre n’ait pas été arrêtée ne tenait pas seulement à la pression constante exercée par les impérialistes européens pour que l’Ukraine poursuive la guerre… « jusqu’à la victoire »…, mais répondait également aux intérêts des multinationales américaines, et pas seulement du secteur militaire, qui voulaient tirer le maximum de profits de cette guerre, comme d’ailleurs de n’importe quelle autre guerre. Cela a également été l’occasion de mettre en évidence, dans toute son ampleur, la soumission permanente de l’Europe aux États-Unis. Le principal ukase américain concerne l’OTAN, pour laquelle les États-Unis ont contraint les pays membres, surtout européens, à augmenter en quelques années leur contribution financière jusqu’à 5 % de leur PIB respectif, ce qui aurait permis aux États-Unis de réduire leur propre contribution financière tout en conservant une position décisive au sein de l’Alliance atlantique. Dans le même temps, ils ont exclu les Européens des négociations avec Poutine visant à discuter d’un éventuel « plan de paix », pour ensuite – compte tenu de la réticence de Moscou à transiger avec Trump, sauf sur des demandes russes déclarées « non négociables » – face à la volonté obstinée des Européens de continuer à soutenir la guerre de l’Ukraine contre la Russie et de ne pas se plier à la volonté de Washington, de suspendre, au moins formellement, l’initiative politique visant à négocier avec Poutine, laissant la patate chaude entre les mains du Royaume-Uni et de l’UE et décidant, comme indiqué précédemment, de retirer leur soutien financier et leur aide en armement à Kiev.
Quelles sont les exigences que Moscou qualifie de « non négociables » ? La reconnaissance internationale de la Crimée et du Donbass comme faisant partie de la Fédération de Russie, la réduction drastique de l’armée ukrainienne, l’exclusion d’adhésion de l’Ukraine de l’OTAN, le refus de la présence de troupes des pays de l’OTAN en tant que forces de maintien de la paix sur la ligne de démarcation entre le territoire ukrainien et le territoire russe, la levée des sanctions anti-russes et du gel des avoirs russes situés principalement en Belgique. Ce sont précisément les exigences que l’Ukraine et, surtout, les impérialistes européens n’ont jamais voulu accepter ni discuter. Avec le refrain désormais éculé consistant à miser sur une « paix juste et durable » – ce qui correspondrait au retrait des troupes russes d’Ukraine, au rétablissement de la « souveraineté » nationale de Kiev sur l’ensemble du territoire de l’Ukraine de 1991, au paiement par la Russie des dommages de guerre pour la reconstruction de l’Ukraine –, les impérialistes européens, tout en se réarmant nationalement jusqu’aux dents en pillant les ressources destinées à leurs propres politiques sociales, poussent Zelensky et ce qui reste de son gouvernement – remanié des dizaines de fois et corrompu à cent reprises – ainsi que ses hauts responsables militaires, à envoyer au massacre des dizaines de milliers de soldats supplémentaires dans une guerre que tous les généraux américains, et même ukrainiens, qui ne se sont pas vendus à leurs oligarchies militaires respectives, considèrent comme perdue depuis 2023, c’est-à-dire depuis la « contre-offensive » ukrainienne visant à… reconquérir le Donbass et la Crimée, annoncée en grande pompe et qui s’est soldée par un échec.
Le retrait quasi total des États-Unis a laissé un vide que l’UE et le Royaume-Uni ont tenté de combler. Comment ? En achetant des armes aux États-Unis pour les fournir, en partie même gratuitement, à l’Ukraine, en débloquant plusieurs dizaines de milliards d’euros supplémentaires pour soutenir à la fois la guerre et l’administration militaire et civile, et en organisant une « Coalition des Volontaires » dans le but d’entrer en Ukraine dès la fin des hostilités, afin de pouvoir « garantir » que les accords de cessez-le-feu et de fin de guerre ne soient pas « violés ». À l’initiative du Royaume-Uni et de la France, 35 autres pays (membres de l’OTAN ou non) d’Europe, d’Asie et du Commonwealth se sont apparemment joints volontairement à cette initiative ; outre le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, l’Italie et la Pologne, on y trouve par exemple le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Bien sûr, l’objectif est le suivant : soutien à l’Ukraine et sécurité commune de l’Europe ! Au-delà, donc, des éventuelles négociations entre les États-Unis, la Russie et Kiev, les impérialistes européens veulent jouer leur propre jeu… mais quand la guerre prendra-t-elle fin… Et qui décidera que la guerre est terminée ? Ni les Européens, ni la « Coalition des Volontaires », ni même l’UE ou l’OTAN. Tout porte à croire que ce sera la Russie qui en décidera, après avoir consolidé sa conquête de l’ensemble du Donbass (il ne lui en manque plus beaucoup, mais le temps et le champ de bataille sont de son côté), et en obligeant Zelensky ou son représentant à lancer un message de disponibilité à négocier la fin de la guerre, et en impliquant bien sûr les États-Unis, auprès desquels la Russie cherche à obtenir une reconnaissance internationale pour se repositionner parmi les grandes puissances du G8 (aujourd’hui encore G7, la Russie ayant été exclue après l’annexion de la Crimée en 2014).
Quel sens a donc la constitution d’une « Coalition des Volontaires » armée si cette coalition n’a aucun pouvoir d’intervention, ni pour faire la guerre, ni pour en orienter l’issue, ni pour dicter les conditions de sa cessation, tirant ainsi des avantages non seulement politiques mais aussi économiques de la guerre et de son après-guerre ? Cela n’a de sens que pour tester les alliances susceptibles de se former face à un champ de bataille hypothétique sur lequel on entend exercer une intervention, une pression, un affrontement visant à conquérir des territoires et à soumettre les forces et les pays contre lesquels on s’est battu. Mais l’Ukraine d’aujourd’hui, pour les impérialistes européens et pour les États-Unis eux-mêmes, n’est pas un champ de bataille sur lequel ils interviennent avec leurs propres armées, en cherchant à en déterminer l’issue en leur faveur ; c’est un champ de bataille sur lequel ne sont présentes et ne combattent que les armées commandées par Kiev et par Moscou. S’il est vrai que la guerre ne se gagne que sur le terrain de l’affrontement militaire, avec des soldats en chair et en os, soit l’Ukraine l’emporte, soit la Russie l’emporte. Certes, l’une et l’autre sont soutenues par d’autres pays, d’autres forces économiques et financières, mais les soldats sur le terrain obéissent soit aux généraux ukrainiens, soit aux généraux russes. Il peut y avoir, d’un côté ou de l’autre, voire des deux côtés, la présence de milices mercenaires ou partisanes, comme c’est le cas dans de nombreuses guerres, mais le fait que ni des soldats américains, ni des soldats britanniques, ni des soldats des pays de l’UE ou de l’OTAN n’aient été envoyés faire la guerre à la Russie signifie qu’aucun de ces impérialismes n’a l’intention de déclencher aujourd’hui, compte tenu de la situation économique, politique et sociale dans laquelle se trouvent les différents pays, une guerre qui ne serait soutenue ni par un armement adapté à une guerre mondiale, ni par un consensus interne suffisamment large et certain. Il faut du temps pour que cela se produise, et ce sont surtout les impérialistes européens qui l’ont démontré : d’une part, ils font pression pour que les Ukrainiens continuent à se faire massacrer à leur place et, d’autre part, ils tentent de gagner du temps pour s’équiper au mieux en vue de la troisième guerre mondiale ; c’est pourquoi la course au réarmement a un sens pour les impérialistes européens, poussés qu’ils sont à adapter leurs armées et leurs armements à une guerre mondiale qui se présentera de manière bien différente de la première et de la deuxième. Ce sera une guerre à la fois de tranchées et aérienne, maritime et terrestre, dans laquelle de nouveaux instruments de guerre, outre les missiles balistiques et intercontinentaux et les bombardements classiques depuis les airs et les mers, tels que les drones et les robots, feront partie intégrante des armes utilisées non seulement contre les armées au sens strict, mais aussi, et probablement surtout, contre la population civile. Déjà lors de la deuxième guerre impérialiste, la tactique consistant à bombarder les villes pour affaiblir et terroriser les soldats au front avait été mise en œuvre ; l’Italie et l’Allemagne en savent quelque chose, et surtout le Japon, contre lequel, pour le briser définitivement – alors même qu’ils avaient pratiquement déjà gagné la guerre –, les États-Unis n’ont pas hésité à larguer, en août 1945, la bombe atomique sur Hiroshima et Nagasaki. À l’époque, ils étaient les seuls à disposer de la technologie et des moyens nécessaires pour fabriquer la bombe atomique et la transporter au-dessus des villes japonaises choisies, non pas comme un « avertissement » destiné aux forces armées japonaises pour qu’elles cessent de résister à l’avancée américaine, mais comme des cibles précises pour un extermination dont le but était d’anéantir l’ensemble de la population japonaise pour des générations. Aujourd’hui, les États-Unis ne sont plus les seuls à pouvoir utiliser l’armement nucléaire ; comme mentionné plus haut, outre la Russie et la Chine, qui ne sont historiquement pas des amis de l’Amérique, il existe d’autres pays comme la Corée du Nord et le Pakistan qui ne peuvent certainement pas être considérés comme des alliés fiables de Washington… Par conséquent, étant donné que le capitalisme et le pouvoir politique qui s’appuie sur lui ne sont pas voués au suicide général, aucune puissance nucléaire n’a intérêt à déclencher une guerre atomique, car elle sait qu’à la première bombe atomique lancée par l’une des parties s’ensuivrait une riposte « automatique » et plus dévastatrice de la part de l’adversaire. C’est une chose que le terrorisme fondé sur la menace de lancer une bombe atomique sur Londres, Washington ou Moscou, c’en est une autre de la lancer réellement. Il est bien vrai que le capitalisme impérialiste a besoin de détruire, voire un pays tout entier – comme il l’a fait avec l’Italie, l’Allemagne et le Japon – pour pouvoir le reconstruire et en tirer profit tant dans la destruction que dans la reconstruction ; il en irait tout autrement de l’autodestruction de l’ensemble du monde industrialisé, privant ainsi les hypothétiques vainqueurs de la guerre de la possibilité de remettre en marche la machine productive afin d’accroître la valorisation du capital que la reprise économique garantirait. Ce serait comme dire : éliminons toute la main-d’œuvre salariée, non pas d’un pays, mais du monde entier, en la remplaçant par des robots capables de « travailler » 24 heures sur 24 sans jamais s’arrêter, sans faire grève et sans s’organiser contre les patrons. Que deviendrait le temps de travail non rémunéré des ouvriers salariés, qui constitue la plus-value – donc l’âme du capital, de son accroissement et de sa valorisation ? Il n’existerait plus, car le robot ne perçoit pas de salaire et, surtout, son « temps de travail » quotidien n’est pas divisible entre temps de travail rémunéré et non rémunéré, mais serait entièrement « rémunéré », à l’instar des matières premières à transformer, et donc inefficace du point de vue de la valorisation du capital. C’est une chose d’automatiser une série d’opérations de travail, c’en est une autre d’exclure complètement l’exploitation du travail humain qui consiste à ne pas rémunérer une partie de plus en plus importante de sa journée de travail.
LA CARTE DU JEU DU RISK !
Les Volontaires ont dressé une carte du monde mettant l’accent sur l’Europe, la Russie, l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Et d’ici peu, ils devront à nouveau se concentrer sur l’Atlantique – en raison des intérêts toujours importants dans les pays d’Afrique –, et sur l’océan Indien – en raison des intérêts liés aux matières premières essentielles à toute économie capitaliste avancée, qui englobent le canal de Suez, la mer Rouge, le golfe Persique et les détroits qui les relient, sur lesquels – et ce n’est pas un hasard – s’est concentré l’attention des États-Unis, à commencer par le détroit d’Ormuz.
L’impression générale que les Européens expriment non pas par des mots, mais par des actes, est qu’ils se sentent eux-mêmes encerclés, non pas par une seule puissance extra-européenne comme cela pouvait être le cas au cours des siècles passés, mais par toutes les grandes puissances impérialistes existant aujourd’hui : en premier lieu les États-Unis, la Russie, la Chine, suivis d’un groupe non négligeable comprenant des pays comme l’Inde, le Brésil, la Turquie, etc. L’Atlantique, au lieu de rester un océan ami, est en train de devenir un océan « ennemi », et c’est pour cette raison qu’au sein des « Volontaires de 2025 », un groupe exclusivement européen s’est mobilisé, en juillet de cette année, dans le but d’élaborer un programme commun visant à construire ce qu’ils ont appelé le bouclier antimissile. La réunion de la Coalition des Volontaires qui s’est tenue à Paris le 13 juillet dernier, à laquelle Zelensky a également participé, a été l’occasion pour neuf autres pays (l’Allemagne, l’Italie, le Royaume-Uni, l’Espagne, les Pays-Bas, le Danemark, la Norvège, l’Espagne, la Suède et, bien sûr, l’Ukraine) de se rallier à cette initiative, promue par la France. Après des dizaines de tentatives, notamment entre la France et l’Allemagne, pour lancer un projet d’« armée européenne » qui se sont toutes soldées par un échec, l’expérience de la guerre vécue en particulier par l’Ukraine dans le domaine des drones et la nécessité de ne plus dépendre du bouclier antimissile américain ont incité ces dix pays à collaborer pour équiper la plupart des pays européens en matière de défense contre les missiles balistiques, c’est-à-dire ceux que la Russie utilise en Ukraine et qui ne peuvent apparemment être interceptés que par les Patriot, que les États-Unis n’ont pas l’intention de fournir à l’Ukraine, pas même sous forme de licences permettant à Kiev de les construire. Concrètement, les impérialistes européens passent à l’action, en tirant parti de l’expérience de la guerre, et des massacres qui l’ont accompagnée, qu’ils ont voulue et soutenue dès ses tout premiers instants et dont ils entendent tirer le plus grand profit possible, ne serait-ce que dans le domaine de la technologie militaire mise au point par l’Ukraine. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si, lors de cette réunion à Paris, des accords militaires importants ont été signés, par exemple entre la France et l’Ukraine concernant les missiles de croisière SCALP, les bombes guidées AASM et les intercepteurs Aster ; de plus, la France vendra à l’Ukraine, dans les prochaines années, seize chasseurs Rafale qui pourraient être opérationnels dès 2028-2029. Le Royaume-Uni ne pouvait manquer de manifester son intérêt à participer à une structure militaire fondée non pas sur des projets à vérifier et à tester, mais sur des expériences directes acquises sur le terrain, à tel point que Londres a annoncé sa participation au prêt de 90 milliards d’euros accordé par l’UE à l’Ukraine, en échange de la participation d’entreprises britanniques au développement de nouveaux armements (8). En effet, il s’agirait de licences accordées à Zelensky pour produire même des missiles de croisière aériens Storm Shadow, bien que les industries britanniques n’y soient pas du tout favorables, tant en raison des coûts de production extrêmement élevés (argent dont Kiev ne dispose pas et qu’il faudrait prêter en plus), qu’en raison de la vaste contrebande d’armes dont le théâtre d’opérations s’étend au monde entier et dont le centre névralgique se trouve précisément en Ukraine ; le Royaume-Uni vise en réalité à avoir accès aux données recueillies sur le champ de bataille ukrainien pour l’entraînement de l’intelligence artificielle ; ces données, « recueillies par des milliers de caméras et de capteurs le long du front, incluent des cibles telles que des chars, de l’artillerie, de l’infanterie, des drones d’attaque et des drones de reconnaissance » (9). Entre-temps, et il ne pouvait en être autrement, Zelensky a une énième fois lancé un appel aux dons : pour l’hiver prochain, afin de continuer à se battre, l’Ukraine a besoin d’une dizaine de milliards immédiatement, et de 20 milliards supplémentaires pour payer les salaires des militaires et les indemnités aux familles des soldats tombés au combat. En effet, comme nous l’avions écrit en 1949, « ce sont l’argent, les capitaux et les moyens de production qui comptent pour faire la guerre »…
C’est donc au détriment de l’ensemble de la population ukrainienne, et en particulier de ses prolétaires, appelés à supporter, tant au front qu’à l’arrière et dans les villes, le poids d’une guerre qui n’intéresse que les capitalistes, les impérialistes de chez nous, qui, tout en tirant profit de la guerre, se préparent à tirer profit d’une prochaine guerre mondiale pour laquelle ils font tout pour qu’elle éclate. Le prolétariat – à l’exception de quelques mouvements de révolte dans les années 1950 à 1980, de Berlin à Prague, de Budapest à Gdańsk et à Turin, en passant par les luttes magnifiques et héroïques des mineurs anglais et russes, rapidement détournées et réprimées avec la contribution des forces de l’opportunisme qui se sont présentées à différentes époques sous les formes du stalinisme, du post-stalinisme, du maoïsme, guérillérisme ou de la lutte armée, sans jamais renoncer au social-démocratisme classique – est encore prisonnier d’une très longue dépression historique dans le domaine de la lutte des classes, qui est la seule lutte dans laquelle les prolétaires de tous les pays expriment leur force sociale d’émancipation face à l’exploitation capitaliste et aux guerres impérialistes. L’histoire du capitalisme conduira inévitablement à un affrontement historique et international entre la classe prolétarienne et la classe bourgeoise, nous en sommes certains ; une fois que seront mûrs les facteurs objectifs de la lutte des classes générés par les contradictions mêmes de la société bourgeoise – qui ne parvient à dominer qu’en reproduisant des contradictions encore plus graves et profondes –, pour que les guerres se transforment en révolutions, cette condition est indispensable : « que survive dans chaque pays le noyau du mouvement révolutionnaire de classe international, totalement détaché de la politique des gouvernements et des manœuvres des états-majors militaires, qui n’oppose aucune réserve théorique ni tactique d’aucune sorte entre lui-même et la possibilité de défaitisme et de sabotage de la part de la classe dominante en temps de guerre, c’est-à-dire de ses organisations politiques, étatiques et militaires » (10). Nous, le Parti communiste international, nous œuvrons pour que ce noyau du mouvement révolutionnaire de classe survive !
(1) Cf. Sung Chul Jung, « Nuclear aggressors, nuclearizing targets: nuclear weapon development and preventive conflict », dans International Relations of the Asia-Pacific, vol. 17, n° 1, 2017, p. 137-162, DOI : 10.1093/irap/lcw006. Voir également « Quels pays possèdent le plus d’armes nucléaires ? », sur Euronews, 3 juillet 2017. Selon les estimations les plus récentes (2025), le nombre d’ogives nucléaires serait le suivant : États-Unis 5 555, Russie 5 459, Chine 600, France 290, Royaume-Uni 225, Inde 180, Pakistan 170, Corée du Nord 50, Israël (non déclarées) 90.
(2) Cf. https://www.ilmessaggero.it/mondo/russia_vince_ucraina_tribunale_cosa_cambia-9595811.html - voir également : https://it.wikipedia.org/wiki/Stretto_di_ Kerč%27
(3) Cf. « Agression contre l’Europe », texte d’A. Bordiga (Alfa) publié dans l’ancienne revue du parti « Prometeo », n° 13, août 1949.
(4) Ibid. En ce qui concerne la Première et la Seconde Guerre mondiale, les dates de 1917 et 1942 ne correspondent pas au début de ces conflits européens, mais aux dates auxquelles les États-Unis sont intervenus dans ces guerres respectives.
(5) Cf. « La Corée, c’est le monde », texte publié dans l’ancienne revue du parti « Prometeo », deuxième série, n° 1, novembre 1950.
(6) Cf. « Agression contre l’Europe », op. cit.
(7) Contrairement aux pays européens, les États-Unis n’ont jamais transféré de fonds directement au gouvernement ukrainien. C’est ce qu’affirme « affaritaliani.it ». Il semble que les chiffres déclarés par Washington concernant l’aide militaire à l’Ukraine aient toujours été gonflés ; par exemple, en février 2025, Washington déclarait avoir fourni à Kiev, au cours de trois années de guerre (2022-2025), « un total de 50,9 milliards de dollars, répartis en 18,3 milliards d’aide militaire et 32,6 milliards de soutien au budget de l’État, versés sous forme de remboursements par l’intermédiaire de la Banque mondiale ou de garanties de prêts ». De plus, compte tenu de l’ancienneté des armements fournis à l’Ukraine, de leur valeur, de leur dépréciation totale et des taux de défaillance qui les rendent inutilisables, leur valeur serait inférieure de 60 %, voire davantage. https://www.affaritaliani.it/economia/guerra-ucraina-aiuti-usa-soldi-militari-958600.html
(8) Voir https://www.ansa.it/sito/notizie/mondo/2026/07/13/cremlino-i-volenterosi-sono-istigatori-della-guerra_b1dc532d-1203-471e-b699-66414436d946.html ; ainsi que https://www.linkiesta.it/2026/07/coalizione-volenterosi-parigi-macron-ucraina-scudo-antimissile/
(9) Cf. https://www.analisidifesa.it/2026/08/i-volenterosi-puntano-sullescalation-con-mosca-per-scongiurare-le-trattative/
(10) Cf. « Agression contre l’Europe », op. cit.
2 septembre 2026
Parti Communiste International
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