Algérie. La révolution et la lutte anticoloniale dans l’analyse marxiste
( Brochure «le prolétaire», Août 2025 , format A4, 72 pages, Prix : 6 € ) - pdf
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Sommaire
● De la révolution anticoloniale à la révolution prolétarienne
● 8 mai 1945 : Dès la fin de la guerre mondiale, l’impérialisme français déclenchait une bestiale répression coloniale en Algérie (“Le Prolétaire”, n° 476, avril-mai 2005)
● La paix ? (“Programme communiste”, n° 19, avril-juin 1962)
● Bases et perspectives économico-sociales du conflit algérien (“Programme communiste”, n° 15, avril-juin 1961)
● Le communisme et les partis algériens (“Programme communiste”, n° 11, avril-juin 1960, n° 12, juillet-septembre 1960 et n° 13, octobre-décembre 1960)
● Quelques remarques sur la question coloniale (“Programme communiste”, n° 9, octobre-novembre-décembre 1959)
● Le parti communiste français (PCF) et la question coloniale (“Programme communiste”, n° 5, octobre-novembre-décembre 1958)
● Encore le PC et la question coloniale (“Programme communiste”, n° 6, janvier-février-mars 1959)
● La question coloniale : un premier bilan (“Programme communiste”, n° 4, juillet-août-septembre 1958)
● Physionomie sociale des révolutions anti-coloniales (“Programme communiste”, n° 2, janvier-mars 1958)
Annexes :
● Rosa Luxembourg. Les fastes de la colonisation française en Algérie. L’accumulation du capital, tome II, extrait de la partie III. Les conditions historiques de l’accumulation, chapitre XXVII : La lutte contre l’économie naturelle
● L’Algérie contemporaine. Complément statistique au texte de Rosa Luxembourg (“Programme communiste”, n° 5, octobre-décembre 1958)
La question coloniale : un premier bilan
( Programme communiste, no 4, juillet-août-septembre 1958 )
Notre travail d’interprétation des bouleversements en cours dans les ex-colonies vise le futur ; en effet, une interprétation rigoureusement marxiste de ces évènements se transformera, dialectiquement, entre les mains du mouvement communiste révolutionnaire de demain, en une arme politique d’importance décisive pour les luttes que le prolétariat devra affronter dans ces régions. Dans l’espace géo-social libéré de la tutelle colonialiste, la révolution industrielle qui s’amorce aujourd’hui va créer de nouvelles forces sociales. Prévoir, avec une méthode scientifique, quelle influence exerceront ces forces sur le développement de la lutte finale entre le capitalisme et le prolétariat socialiste, signifie jeter les bases du programme révolutionnaire que la future Internationale devra se forger pour son action dans le secteur afro-asiatique.
Les groupes d’ouvriers révolutionnaires d’Occident sont toujours plus convaincus, malgré les falsifications démagogiques d’origines diverses, que la chute du colonialisme a ouvert, en Afrique et en Asie, une nouvelle ère qui, parce qu’elle tend à la formation d’États nationaux et à la transformation industrielle des économies locales sur la base du salariat, ne peut être considérée que dans le cadre de la révolution bourgeoise. Instinctivement, ils sont amenés à se poser cette question : le triomphe de la révolution anticolonialiste facilite-t-il la tâche future de la révolution prolétarienne en Asie et en Afrique ?
Pour répondre sérieusement à cette question il faut, au préalable, d’une part analyser les lois auxquelles est soumis le mouvement anticolonialiste en tant que révolution bourgeoise et rappeler, d’autre part, les bases fondamentales du processus de la révolution prolétarienne.
Dans la mesure même où elle se développera, la révolution industrielle afro-asiatique engendrera obligatoirement, comme conséquence sociale de l’expansion du mode de production capitaliste, une société divisée en classes sociales antagonistes. Chacune d’elles observera nécessairement une attitude différente vis-à-vis du mouvement révolutionnaire communiste. Il est donc clair que la future Internationale disposera d’un potentiel révolutionnaire constitué par un nouveau prolétariat industriel qui, aujourd’hui, existe à peine – mais il est tout aussi évident qu’elle devra entrer en lutte contre un alignement de forces bourgeoises que la domination colonialiste empêchait jusqu’à présent de surgir ou de se développer et qui, aujourd’hui, se renforcent à l’intérieur des nouveaux États nationaux.
Sur le plan mondial, la révolution anticolonialiste est donc destinée à accroître, tout à la fois, les forces de la révolution prolétarienne et celles de la contre-révolution bourgeoise. Cette perspective est en parfait accord avec la conception de l’écroulement final du capitalisme que nous défendons. Le capitalisme ne déclinera pas à la suite d’une paralysie progressive de la production, comme le prétendent les gradualistes de toutes les nuances, depuis les sociaux-démocrates vieux style jusqu’aux furieux « innovateurs » qui prêchent « l’émulation pacifique » entre capitalisme et socialisme. La société capitaliste atteindra des niveaux toujours plus élevés de capacité productive et d’efficacité politique de l’État, et elle ne sera détruite que par le heurt armé entre les classes qui la constituent, et ce heurt sera d’autant plus violent et généralisé qu’il tardera plus à se produire.
Il serait défaitiste de s’illusionner : la révolution anticolonialiste, qui introduit le capitalisme et la division en classe sur le modèle bourgeois, élargira énormément le théâtre de la lutte armée entre la bourgeoisie et le prolétariat ; elle prépare de nouvelles « troupes » pour la guerre des classes et, en définitive, la dureté et la violence de la lutte finale en seront accrues. De ce point de vue il est légitime de dire que la révolution afro-asiatique alourdira la tâche future de la révolution prolétarienne. Mais la révolution prolétarienne est un processus complexe que l’on peut, d’un point de vue théorique, diviser en différentes phases. Il faut donc savoir reconnaître les influences diverses que l’introduction du capitalisme dans les « pays de Bandoeng » exercera sur le développement de chacune de ces phases.
La révolution prolétarienne – comme du reste toutes celles qui l’ont précédée – traverse deux phases principales : la conquête du pouvoir par la classe opprimée et la suppression des rapports de production existants au moyen de réformes imposées dictatorialement par l’État issu de l’insurrection victorieuse. Naturellement dans l’histoire réelle, vivante, les deux phases sont indissolublement liées. Comme le montre l’expérience du mouvement communiste révolutionnaire, la démolition de l’appareil d’État bourgeois est organiquement liée à l’introduction forcée des réformes, post-insurrectionnelles. Entre les deux étapes existe, dans la réalité comme dans la théorie, un rapport de cause à effet.
Il peut arriver, toutefois, que les deux phases n’aient pas de continuité dans l’espace, comme il advint dans la Russie soviétique. Là, le prolétariat accomplit brillamment la première phase de son effort surhumain en conquérant le pouvoir et en détruisant l’État bourgeois. Mais il ne put s’atteler aux réformes post-insurrectionnelles, car l’objet même de sa politique de transformation économique et sociale – un capitalisme développé – faisait défaut à l’État ouvrier. On dut donc remettre cette tâche jusqu’à l’extension – attendue en vain – de la révolution à des pays au capitalisme développé, comme l’Allemagne par exemple sur laquelle se concentrèrent toutes les énergies de la IIIe Internationale. La conquête du pouvoir en Allemagne aurait marqué le début de la deuxième phase de la révolution communiste, de telle sorte que le communisme victorieux aurait pu faire tache d’huile, ou, si l’on peut dire, aurait pu être « exporté », dans la Russie elle-même et dans les autres pays arriérés de l’Europe danubienne. Mais, comme on le sait, la tentative de prendre le pouvoir en Allemagne échoua : la révolution russe resta mutilée d’une de ses parties vitales et succomba finalement à la contre-révolution capitaliste du stalinisme. La leçon de la défaite de la révolution communiste en Russie est bien évidente. La révolution communiste ne peut triompher que si le pouvoir révolutionnaire du prolétariat, victorieux dans sa lutte contre la classe dominante et dans la répression des tentatives de restauration, est en mesure de greffer la transformation révolutionnaire de l’économie dans un sens communiste sur la conquête politique du pouvoir. En d’autres termes, le prolétariat pourra plus facilement mener à terme sa révolution, précisément dans les pays où la lutte pour la conquête du pouvoir aura été plus dure, c’est-à-dire dans les pays au capitalisme développé. En fait, c’est seulement dans ces pays – Angleterre, France, Allemagne, États-Unis, etc... – que la concentration du capital industriel et la productivité du travail social atteignent ce niveau élevé qui constitue la « base » historique du socialisme. Mais c’est là aussi que la révolution industrielle bourgeoise a développé depuis longtemps une classe capitaliste accomplie qui a perfectionné au maximum l’appareil répressif de l’État, et que les ressources de la conservation sociale sont les plus vastes et les plus efficaces ; c’est donc là que la lutte du prolétariat pour la conquête du pouvoir sera la plus dure et la plus difficile.
En généralisant, on pourrait dire que plus la lutte pour la conquête du pouvoir est difficile plus « facile » est la lutte pour la transformation post-insurrectionnelle de l’économie, et vice-versa. Naturellement, les concepts de « facile » et « difficile » ont ici une signification toute relative : en aucun cas la révolution prolétarienne ne sera assez « facile » pour que l’on puisse éviter la dépense d’efforts et de sacrifices immenses, pour que l’on puisse éviter que le sang ne coule.
Si la domination colonialiste s’était maintenue, la révolution communiste se serait trouvée, en Afrique et en Asie, devant une « situation russe », semblable à celle devant laquelle fut placée la dictature du prolétariat dans l’ex-Russie des Tsars ou plutôt plus arriérée encore. Ainsi, si un pouvoir communiste avait succédé à l’écroulement du colonialisme, il se serait trouvé dans l’impossibilité, comme en Russie précisément, de traduire en pratique les points fondamentaux du programme communiste qui ont trait à la suppression des rapports de production capitalistes. Nous aurions eu, toujours dans la même hypothèse, un nouveau cas de révolution communiste qui réussit à arracher le pouvoir aux classes dominantes mais ne peut se servir de ce pouvoir pour commencer la transformation de l’économie dans un sens communiste, et qui doit attendre, pour le faire, la victoire prolétarienne dans les États capitalistes plus évolués.
Là-dessus, une clarification s’impose. Pour éviter toute équivoque nous devons rappeler nos positions sur le caractère international du communisme. Les marxistes luttent pour la révolution et l’appuient partout où elle éclate ; mais ils savent bien que la victoire finale du socialisme ne sera atteinte que lorsque la révolution aura triomphé dans le monde entier, ou au moins dans les États capitalistes les plus importants. Ce que nous voulons montrer ici, c’est que la révolution prolétarienne ne peut procéder expéditivement en greffant immédiatement la phase des transformations économiques sur la conquête du pouvoir politique que là où existe un capitalisme développé.
Les bouleversements actuellement en cours en Afrique et en Asie auront pour effet finalement de détruire cette « situation russe » à laquelle se serait heurté la révolution communiste à l’époque du colonialisme. Après le déclin du colonialisme et l’érection de nouveaux États modernes la conquête du pouvoir par le mouvement communiste deviendra plus difficile. En fait les nouveaux États indépendants pourront user d’un prestige et d’un ascendant politique – et donc d’une force matérielle – dont les bureaucraties coloniales ne disposaient pas. Mais ces États, pour se maintenir durablement, devront stimuler frénétiquement le processus d’industrialisation, c’est-à-dire démanteler les résidus du vieux régime semi féodal et introduire, puis élargir les formes de la production capitaliste. En d’autres termes, les ex-colonies constituent un « vide » entre le capitalisme et les conditions historiques qui précèdent le socialisme ; ce « vide », les nouveaux États nationaux seront contraints de le remplir. Lorsque ceci sera fait, la révolution communiste en Afrique et en Asie se trouvera en face d’une « situation européenne », d’une situation analogue à celle des pays où la transformation capitaliste de l’économie est un fait accompli
A la question de savoir si les bouleversements anticolonialistes favorisent ou entravent la tâche de la révolution communiste nous pouvons donc répondre ainsi ; la formation des États nationaux et le renforcement des bourgeoisies locales qui en découle et qui deviendra toujours plus évident au fur et à mesure que la sphère des rapports capitalistes se dilatera, auront pour effet de rendre plus dure et plus difficile la conquête du pouvoir comme c’est le cas pour les pays développés d’Europe et d’Amérique, la suppression des vieux rapports semi-féodaux et le développement des formes capitalistes jetteront les bases indispensables à l’introduction de la production socialiste et favoriseront donc la politique économique du futur État ouvrier.
Les adeptes des diverses écoles, y compris celle du faux communisme de Moscou, du socialisme réformiste pourront bien faire une moue de dégoût devant une semblable perspective qui promet de plus grandes difficultés et, naturellement, un plus lourd tribut de sang. Mais elle ne peut, impressionner les ouvriers révolutionnaires qui savent bien que le capitalisme ne cèdera qu’à la violence exercée par le pouvoir dictatorial du prolétariat. Bien au contraire, ils y trouveront un motif d’enthousiasme car on peut prévoir avec certitude que les transformations économiques et sociales qui se produiront dans l’aire libérée du colonialisme permettront d’abréger, à l’échelle mondiale, la seconde phase de la révolution communiste, celle de l’intervention chirurgicale dans l’économie en voie de putréfaction héritée du capitalisme.
Il est certainement trop tôt pour faire le bilan de l’ « actif » et du « passif » que la révolution afro-asiatique apportera à la future révolution communiste. En fait, il faudra examiner dans quelle mesure les contrastes impérialistes influenceront le mouvement d’industrialisation qui caractérise les nouveaux États indépendants. Quoi qu’il en soit, l’unification des aires Euro-américaine et Afro-asiatique sous le signe de la production capitaliste est désormais en marche. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les pays arriérés du groupe de Bandoeng se sont lancés sur la voie du capitalisme. Ceci, allège le programme révolutionnaire du communisme qui, dans l’avenir, ne devra plus prendre à sa charge l’énorme poids des « doubles révolutions », comme cela se produisit en Russie où le pouvoir prolétarien dut combattre sur le double front de l’anti-féodalisme et de l’anticapitalisme. Qui pourrait nier l’énorme importance de ce fait ?
Toutefois il est possible, dès aujourd’hui, de faire un premier bilan des résultats immédiats de la révolution anticolonialiste, en se plaçant du point de vue des intérêts de la révolution communiste à venir. Il s’agit de l’actif et du passif, non pas potentiels, mais actuels, dont les effets sont déjà sensibles ou ne tarderont pas à se manifester.
Commençons par le « passif ».
1. Absence de rupture politique entre le prolétariat et la bourgeoisie
En Europe, à un moment critique de la révolution démocratique-bourgeoise, les forces prolétariennes révolutionnaires rompirent le « front unique » insurrectionnel qui s’était établi entre la bourgeoisie jacobine et les premières forces du prolétariat urbain, toutes deux ennemies de la réaction féodale. Cette rupture qui marquait l’ouverture de la période du communisme moderne, fut provoquée, dans la révolution française, par le mouvement de Gracchus Babeuf. La collision ne se produisit pas sur le terrain politique, car la bourgeoisie fut en mesure de prévenir et d’anéantir rapidement le mouvement communiste, avant qu’il ne puisse tenter une attaque armée contre l’État. Mais elle se produisit pleinement dans le domaine des principes. Le corps de théories et de critiques anti-bourgeoises formulé par Babeuf marqua la rupture entre la démocratie bourgeoise et le communisme prolétarien.
Le « babouvisme » est à la base de la tradition révolutionnaire du prolétariat, qui accepte la lutte armée aux côtés des forces bourgeoises contre l’ennemi commun féodal, mais, nie à la bourgeoisie le droit de s’emparer des fruits de la révolution. Le marxisme, qui donna leur véritable valeur, tout en les dépassant, dialectiquement, aux courants communistes, qui l’avaient précédé, accepta intégralement la conception « babouviste » de la participation du prolétariat à une révolution bourgeoise. La révolution d’octobre, qui reste comme l’exemple classique d’une révolution prolétarienne surgissant du tronc d’une révolution bourgeoise, celle de février, pour se retourner contre elle, n’est-elle pas une application réussie du principe de Babeuf ?
Les partis « communistes » inféodés à Moscou ont foulé aux pieds ce principe fondamental. Plongés dans une révolution bourgeoise, ils n’ont pas travaillé à la rupture de l’alliance transitoire avec les partis révolutionnaires bourgeois, mais ils ont conçu et pratiqué cette alliance comme si elle était immuable et permanente ; face aux nouveaux États nationaux, ils n’ont pas appliqué la politique de Babeuf et de Lénine, mais celle des idéologues bourgeois qui conçoivent la révolution démocratique comme le dernier acte des guerres civiles de l’histoire, qui ouvrirait l’ère d’une compétition pacifique entre les classes.
Le parti « communiste », lorsqu’il ne s’est pas inséré dans les organes constitutionnels du nouvel État bourgeois – comme en Inde, où le PC a assumé par la voie parlementaire le gouvernement de l’État régional du Kerala ; ou comme en, Indonésie, où le président Sukarno a appelé le PC à faire partie d’un organe consultatif de l’État –, lorsqu’il n’est pas devenu lui-même la force prédominante d’un régime qui se prépare probablement à introduire les formes de la démocratie parlementaire et qui se réclame de principes interclassistes – comme en Chine –, le parti « communiste » passe, c’est vrai, à la lutte armée contre les régimes au pouvoir ; mais il n’exécute pas cette attaque sur le front de la guerre révolutionnaire. La rupture des russo-communistes avec les nouveaux États indépendants ou sur la voie de l’indépendance, comme c’est le cas des partisans « rouges » aux Philippines, ou en Malaisie, n’obéit pas à des raisons de classe, ne se place pas sur les positions de la révolution anticapitaliste, mais, au contraire, reproduit les motifs de la division impérialiste du monde.
2. L’offensive du révisionnisme antimarxiste
La révolution prolétarienne se croisera, dans les ex-colonies avec l’édification du capitalisme. A quel point en sera-t-elle arrivée ? Personne ne peut le dire, mais il est prévisible que, même dans le pire des cas, c’est-à-dire dans l’hypothèse d’un retard excessif de la révolution communiste, le processus capitaliste n’en sera pas arrivé à sa phase extrême, que l’on peut observer dans la dynamique du capitalisme euro-américain. En considérant le niveau de la technique actuelle, en tenant compte du rythme de la révolution industrielle en Russie, et surtout en supposant que la tendance à l’industrialisation dans les ex-colonies ne subira ni inversions, ni arrêts, on peut retenir que l’attaque prolétarienne frappera les capitalismes afro-asiatiques dans la phase moyenne de leur développement.
Ce fait a été mal compris, mais il demeure que les idéologies affichées par les « pays de Bandoeng » constituent les armes d’une nouvelle attaque révisionniste contre le marxisme, contre la théorie qui affirme que le socialisme n’est possible que si la dictature prolétarienne exerce sa propre domination sur le reste de la société. Il ne faut pas croire que les partis russo-communistes sont les seuls représentants du révisionnisme « asiatique ». Le révisionnisme, c’est-à-dire la tentative de démontrer que les « maux » du capitalisme peuvent être évités par des mesures politiques adéquates ou même que le socialisme peut être instauré par la méthode gradualiste des réformes démocratiques, constitue un front politique qui, à côté des « communistes », regroupe les partis et les chefs qui tiennent à faire profession d’antimarxisme.
Un aspect important de la révolution bourgeoise afro-asiatique réside dans le fait que les chefs des nouveaux États nationaux adoptent des concepts et un langage que l’on ne peut certes pas assimiler à ceux qu’utilisaient, en leur temps, les Cromwell et les Robespierre. Bien qu’étant les représentants de forces bourgeoises, les Nehru, les Sukarno ou les Nasser utilisent une phraséologie que le prolétariat révolutionnaire d’Europe a déjà vu fleurir sur la bouche des chefs du socialisme réformiste. Ceci n’est pas un hasard. La cause de ce phénomène est double : tout d’abord, l’époque dans laquelle ont éclaté les révolutions anticolonialistes ; ensuite, la formation intellectuelle des courants qui luttent contre l’impérialisme colonialiste. Parce qu’elles sont nées à l’époque impérialiste, c’est-à-dire à l’époque où la bourgeoisie internationale renie sa propre idéologie de classe et se sert des résultats auxquels sont parvenues les récentes écoles économiques, les révolutions bourgeoises afro-asiatiques ne pouvaient que s’inspirer des mêmes thèmes. D’autre part les conditions dans lesquelles ont dû lutter dans le passé les partis politiques anticolonialistes – conditions qui étaient déterminées par l’occupation coloniale – ont imposés une différenciation idéologique, dont le motif fondamental est précisément l’anti-impérialisme.
D’un point de vue pratique il en résulte que l’analyse critique du bagage idéologique des régimes afro-asiatiques ne peut déceler qu’un faible pourcentage d’ingrédients assimilables aux doctrines libérales et au libéralisme économique qui caractérisèrent la révolution bourgeoise en Europe. Par contre, figurent en bonne place les théories de l’économie planifiée, de la gestion étatique de la « propriété publique », que le socialisme réformiste européen conçut au siècle dernier, et qui ont maintenant droit de cité dans les cerveaux de tous les hommes d’État bourgeois. Parallèlement à ces idéologies, antilibérales, sont développés tous les thèmes chers à l’anti-impérialisme, à la coexistence pacifique des États, petits ou grands, au pacifisme démocratique. Mais ces principes idéologiques, répétons-le une fois encore, coïncident parfaitement, en substituant peut-être quelques termes, avec ceux qui constituaient le patrimoine doctrinal du socialisme réformiste européen.
La différence entre les vieux réformistes européens et les chefs des nouveaux régimes afro-asiatiques réside dans le fait que ces derniers fondent leurs affirmations de principe sur des données de fait, qui manquaient à nos réformistes. Les réformistes européens postulaient le progrès indéfini d’un capitalisme qui, au contraire, entrait en pleine phase de sénescence et se dirigeait vers les terribles crises de convulsions de l’impérialisme. Les chefs afro-asiatiques ne sont pas dans l’erreur lorsqu’ils prophétisent un progrès social incessant, puisque les ex-colonies sont à la veille de la révolution industrielle.
Les régimes afro-asiatiques qui peuvent appuyer leurs idéologies révisionnistes pronostiquant le dépassement pacifique du capitalisme, ou même la possibilité d’ « éviter » le stade capitaliste, sur un progrès économique et social réel seront donc en mesure de s’opposer énergiquement au travail du marxisme révolutionnaire lorsqu’il tentera d’assumer le rôle de guide politique du prolétariat local. Il est prévisible que la transformation d’immenses agglomérats sociaux, au sein desquels sommeillent des formes de production vieilles de plusieurs siècles, sinon de millénaires, apportera un énorme prestige aux régimes qui s’en seront fait les champions et donnera une apparence de vérité aux idéologies qu’ils affichent. Ce ne serait pas la première fois que le mouvement révolutionnaire marxiste se trouve face à une révolution bourgeoise conduite dans les formes du capitalisme d’État et qui tente de se faire passer pour une révolution anticapitaliste. La Russie staliniste est là pour nous le rappeler.
Il est donc dès maintenant tout à fait clair que le marxisme devra repousser, dans le domaine théorique tout d’abord puis dans le domaine politique, le nouvel assaut révisionniste. La révolution bourgeoise devra inévitablement créer les forces, sociales qui, comme en Europe et dans le reste du monde, forment le mouvement antimarxiste. La lutte des marxistes devra supporter le poids négatif de l’absence de rupture entre la bourgeoisie et le prolétariat et de la trahison totale des partis russo-communistes qui se sont réduits à jouer le rôle de l’extrême gauche bourgeoise.
* * *
Passons maintenant à l’énumération des « bénéfices » que le mouvement marxiste a retirée et retirera des révolutions afro-asiatiques. Il s’agit, naturellement, de confirmations apportées par les évènements aux principes fondamentaux du marxisme, de phénomènes qui sont déjà bien clairs pour les marxistes aguerris, mais qui ont encore besoin, pour les autres, de nouvelles preuves ou vérifications, elles ne feront pas défaut, et ce sera notre tâche de les mettre en évidence.
1. La question de la conception matérialiste de l’histoire
Chaque fois que l’histoire enregistre un changement profond, et que l’évidence de ce changement contraint les esprits à chercher les causes qui l’ont déterminé, la lutte entre les matérialistes et les idéalistes se rallume. Qu’est-ce qui a poussé à l’action les masses jusqu’alors inertes, en les arrachant à des habitudes de vie séculaires et en les poussant à détruire les vieux rapports sociaux ; l’éclosion, dans leurs consciences, de nouveaux idéaux ou de nouvelles religions, ou bien le bouleversement des conditions objectives de l’existence sociale ? Cette question est à la base de toute tentative d’explication des causes qui ont déterminé la révolution dans les colonies. Et bien, nous disons que le matérialisme marxiste a reçu une nouvelle confirmation de ce gigantesque bouleversement.
La révolution afro-asiatique a ridiculisé définitivement les théories que les intellectuels bourgeois s’étaient fabriquées pour « comprendre » les lois du développement des peuples coloniaux et pour arriver à la conclusion que leurs conditions historiques étaient immuables. Le faux matérialisme racial qui assignait à la race blanche le primat de la civilisation a été détruit en même temps que ces vieux préjugés idéalistes. L’idéalisme, qui postulait un divorce irrémédiable entre la « civilisation » occidentale et le « primitivisme » asiatique et en découvrait les raisons dans des stades différents de la « conscience universelle », tout comme les superstitions pseudo-scientifiques des racistes qui voulaient en découvrir les raisons au moyen de mesures anthropométriques arbitraires, n’ont pas résisté à l’épreuve des faits.
La révolution afro-asiatique a confirmé l’exactitude scientifique du matérialisme dialectique pour deux raisons principales :
1) - les révolutions anticolonialistes ne se sont pas produites par suite de l’apparition dans les consciences de nouveaux idéaux ou religions, mais sous la poussée de facteurs historiques matériels qui devaient balayer le « vieux » colonialisme capitaliste ;
2) - les causes et les buts qui furent à l’origine des révolutions bourgeoises en occident ont produit des effets identiques en agissant dans la révolution anticolonialiste.
Les nouveaux États afro-asiatiques sont issus de la révolte anticoloniale. Le colonialisme étant un instrument d’exploitation et de domination nationale, les germes de révolte furent toujours actifs dans les colonies, comme le démontrent les expéditions punitives auxquelles les puissances coloniales étaient continuellement contraintes de recourir. Mais le succès de la révolte n’a été possible que lorsque les vieilles structures colonialistes ne purent plus « tenir » devant la poussée venue du bas. Plusieurs raisons d’ordre objectif rendent compte de ce phénomène. Essayons de les énumérer : la décadence des puissances colonialistes – Angleterre, France, Hollande, etc... qui furent incapables de maintenir cette suprématie navale qui leur avait permis de contrôler les océans, et donc d’occuper solidement les colonies ; l’invasion japonaise du continent asiatique qui, en chassant les puissances occidentales de leurs possessions traditionnelles – Indochine, Malaisie, Indonésie, Birmanie, archipels du Pacifique – devait mettre fin au mythe de l’invincibilité du maître blanc et exalter les forces du nationalisme asiatique ; la convergence des intérêts anticolonialistes des États-Unis et de la Russie.
Il n’est pas inutile de s’étendre un peu plus sur ce dernier point. Certains ne comprennent pas que les impérialismes rivaux de Washington et de Moscou ont grandement contribué à la chute du colonialisme « vieux style ». Pourtant, après l’aventure de Suez, en novembre 1956, où l’on vit les deux géants se coaliser contre l’axe Londres-Paris qui tentait de réintroduire le colonialisme en Égypte, il n’y a plus de raisons d’en douter. La vérité est que les puissances colonisatrices, déjà chassées de leurs possessions en Asie, n’auraient pu revenir en force que si elles avaient reçu l’appui de la puissance militaire des États-Unis. On sait qu’au contraire les Américains, partout où ils le purent, se pressèrent de reconnaître les gouvernements révolutionnaires qui surgirent aux colonies. Naturellement, ils le firent sous la poussée de leurs intérêts impérialistes. Le maintien des empires coloniaux, constituait une grave menace pour l’équilibre général du capitalisme. Des puissances désormais décadentes, ou qui étaient passées au second plan en tant que puissances productives, possédaient le contrôle d’immenses espaces géo-sociaux et restaient incapables de satisfaire leur besoin d’industrialisation. Et vice-versa, des puissances de premier ordre, mais privées de colonies – comme les États-Unis et l’Allemagne – menaçaient de suffoquer dans l’espace réduit que le strict protectionnisme colonial laissait à la disposition de leur expansion commerciale. L’effondrement des empires coloniaux et la fondation de nouveaux États indépendants, affamés de progrès technique et de prestige militaire, ont corrigé ce périlleux déséquilibre. En ce sens, la révolution anticolonialiste a coïncidé avec les intérêts généraux de la conservation capitaliste.
Les évènements afro-asiatiques se sont développés suivant les lois que le marxisme a découvertes en étudiant la dynamique des bouleversements révolutionnaires : à l’affaiblissement consécutif à des contradictions, internes, de l’appareil étatique de répression représenté par les bureaucraties coloniales, correspondit une explosion des forces sociales qu’il comprimait jusqu’alors. Mais la révolte des masses coloniales ne se serait pas élevée à la hauteur d’une révolution sociale si les prémisses matérielles de la suppression des vieux rapports sociaux n’avaient pas existé au sein de la société coloniale, c’est-à-dire si les « îlots » de capitalisme que les occupants coloniaux avaient été contraints d’ « importer » n’avaient pas existé. Ceci a permis aux partis politiques anticolonialistes de formuler un programme révolutionnaire centré sur la constitution de l’État national, la suppression du féodalisme et l’expansion de l’industrie.
Si l’on considère que, dans de nombreux États de l’Occident, la révolution antiféodale s’accompagna de la lutte pour l’indépendance nationale, on doit convenir, que les causes mêmes qui furent à l’origine de la révolution bourgeoise européenne agissent dans la révolution anticoloniale. Les résultats seront ils identiques ? Notre ferme déterminisme répond nettement oui. La révolution en cours « occidentalisera » l’Orient ; elle liquidera le féodalisme, développera l’industrie capitaliste, transformera la société dans un sens bourgeois et, par là même, posera les prémisses de la lutte entre capitalisme et socialisme.
Tandis qu’en Chine s’ouvrent les premières fabriques de voitures et en Inde les premières usines sidérurgiques, l’idéalisme se replie derrière ses derniers retranchements : l’Afrique noire. Nos réactionnaires, qui s’emploient à réfuter la dialectique révolutionnaire sont en train de découvrir que là-bas « rien ne change ». Et pourtant la révolution a déjà dévoré une partie du continent. Ce n’est pas encore la révolution prolétarienne, mais elle confirme les principes du matérialisme marxiste.
2. La question de la misère croissante
La misère sociale, pour le marxisme, correspond à la non possession des moyens de production et donc à la non disposition du produit. La différence entre les formes de production pré-bourgeoises et le capitalisme réside dans le fait que la communauté des travailleurs non-salariés de la société pré-bourgeoise reste sans défense devant les périls qui la menacent de l’extérieur (calamités naturelles), tandis qu’elle est relativement maîtresse d’elle-même en tant qu’elle possède les moyens de production. Dans le capitalisme c’est le contraire qui se produit ; la masse des travailleurs est sans défense face aux catastrophes sociales – plus aveugles et destructives que les calamités naturelles – qui frappent sans pitié ceux qui ne possèdent pas ou ne contrôlent pas les moyens de production. Le prolétaire industriel qui ne peut disposer que de sa propre force de travail et qui est rigoureusement exclu de tout contrôle sur les moyens de production, se trouve dans ces conditions. Le producteur (non pas en tant qu’individu, mais en tant que classe) est séparé des moyens de production.
Tel est le sens de la révolution capitaliste. En lançant des plans pluriannuels de production, les régimes afro-asiatiques sont en train de démontrer qu’ils se placent sur la même voie. L’extension de l’industrialisation capitaliste accroîtra la misère sociale, au sens marxiste du terme. La disparition progressive des communautés de village pré-bourgeoises (en Inde on compte bien 700 000 villages) où subsistent des formes d’appropriation collective de la terre, la réduction de l’industrie domestique et de l’artisanat, la prolétarisation de la plèbe des villes, accroîtront la multitude des « miséreux » en étendant à l’Asie la contradiction fondamentale du capitalisme : accumulation forcenée du capital à un pôle, augmentation des « sans réserves » de l’autre pôle. La classe dominante et ses valets intellectuels s’emploient à démentir par des « données de fait » la loi de l’accumulation du capital et de la misère croissante découverte par Marx, et à démontrer l’inexactitude de la prévision marxiste de la fin catastrophique de la société bourgeoise, qui se déduit de cette loi. C’est à cela que servent les divers trucs du « capitalisme démocratique » qui cède la propriété des entreprises aux ouvriers, de l’ouvrier-actionnaire, et des diverses formes de l’ « assistance sociale ». Mais, tandis qu’en Europe on essaie de « kolkhozianiser » le prolétaire en lui concédant quelques miettes des biens sociaux, comme on le fait en Russie pour le lopin de terre et la vache qui sont concédés en jouissance personnelle au kolkhozien, dans d’autres zones de la planète la production de « sans réserves » s’accélère à un rythme stupéfiant.
3. La question de l’impérialisme et de la guerre
Lénine, dans son livre sur L’Impérialisme, polémique avec la fausse théorie élaborée par Kautsky pour couvrir son reniement des principes révolutionnaires et justifier ses concessions au socialisme gradualiste : la théorie de l’ultra-impérialisme.
Kautsky affirme : « Du point de vue purement économique, il n’est pas impossible que le capitalisme traverse encore une phase nouvelle, où la politique des cartels serait étendue à la politique extérieure, la phase de l’ultra-impérialisme, c’est-à-dire de sur-impérialisme, de l’union et non de la lutte des impérialismes du monde entier, la phase de la cessation des guerres en régime capitaliste, la phase de « l’exploitation de l’univers en commun » par le capital financier uni à l’échelle internationale ».
Lénine ajoute : « Les propos de Kautsky absolument vides de contenu sur l’ultra-impérialisme ne font entre autres qu’encourager l’idée profondément erronée et portant l’eau au moulin de l’impérialisme, que la domination du capital financier affaiblit prétendument les inégalités et les contradictions de l’économie mondiale, alors qu’en réalité elle les renforce ».
Dans le texte vient ensuite un tableau comparatif des données économiques relatives à diverses branches de la production (fonte, fer, broches dans l’industrie cotonnière) et aux voies de communications (flottes marchandes, chemins de fer) des cinq principales régions économiques dans lesquelles un économiste allemand divisait alors le monde, c’est-à-dire : l’Europe centrale, l’Angleterre, la Russie, l’Asie Orientale et l’Amérique. La diversité du degré de développement et les disproportions entre les régions considérées se manifestent avec évidence dans ce tableau. C’est ce que voulait Lénine, qui, s’exclame : « Comparez à cette réalité, à la variété prodigieuse des conditions économiques et politiques, à la disproportion extrême dans la rapidité du développement des différents pays, etc. à la lutte acharnée que se livrent les États impérialistes – la petite fable bêbête de Kautsky sur l’ultra impérialisme « pacifique ».
« Les cartels internationaux, dans lesquels Kautsky voit l’embryon de l’ « ultra-impérialisme », ne nous fournissent-ils pas l’exemple d’un partage et d’un repartage du monde, de la transition du partage pacifique au partage non pacifique, et inversement ? »
La seconde guerre mondiale a confirmé avec éclat les thèses de Lénine sur l’impérialisme, et non pas celles, de Kautsky : au partage du monde sanctionné par la conférence de la paix en 1919, a succédé un « repartage du monde », qui s’est conclu par les accords de Yalta et le traité de Potsdam, où les nouveaux colosses impérialistes américain et russe s’assirent à la table des vainqueurs. Mais le cataclysme de la guerre a entraîné dans le tourbillon des empires coloniaux, développant l’industrialisation dans les pays coloniaux et les pays transocéaniques dans lesquels Lénine, lorsqu’il écrivait L’Impérialisme, trouvait déjà que le capitalisme se développait « avec la plus grande rapidité ». Nous avons déjà parlé de la tendance à l’unification, par le capitalisme, des modes de production existants actuellement à la surface de la planète, en considérant que les ex-colonies tendent à se mettre sur le même plan, du point de vue économique, que les autres États capitalistes. Mais il est bien clair qu’il ne s’agit que d’une « unification qualitative » : ce sont les modes de production que nous confrontons, et non les capacités de production. Le développement ultérieur du capitalisme dans les colonies n’effacera pas les déséquilibres et les disproportions marqués par les énormes différences quantitatives qui continueront à subsister entre les États capitalistes d’Europe et d’Amérique et les nouveaux États qui sont nés en Asie.
Une nouvelle forme de colonialisme – que l’on pourrait définir comme le « colonialisme télécommandé » – n’est-elle pas en train de se substituer au vieux colonialisme fondé sur l’occupation territoriale ? Le heurt entre les tendances expansionnistes des cartels internationaux qui se dissimulent derrière une façade anticolonialiste, et le développement des mouvements indépendantistes afro-asiatiques constitue en fait une source formidable de contradictions mondiales. La lutte sur trois fronts qui se déroule au Moyen-Orient entre les impérialismes rivaux d’Amérique et de Russie et le nationalisme arabe en est un exemple, qui est loin d’être unique.
Nous pouvons nous demander avec Lénine : « Y a-t-il, sur le terrain du capitalisme, un moyen autre que la guerre de remédier à la disproportion entre le développement des forces productives et l’accumulation des capitaux, d’une part, et le partage des colonies et des « zones d’influence » par le capital financier, de l’autre ? »
La révolution anticoloniale a mis au monde quelques grands États (importants par l’extension du territoire, la population et les ressources du sous-sol) et beaucoup de petits États. Les premiers devront lutter longtemps pour se soustraire aux tentacules de l’impérialisme, mais dans le même temps ils développeront dans leur propre sein les germes de l’impérialisme, en mettant en avant la grande industrie (qui, inévitablement, devra se développer dans le cadre du monopole) et en développant la puissance du capital financier. Les seconds, au contraire, chercherons vainement à camoufler que malgré l’acquisition de l’indépendance politique, ils restent fondamentalement des colonies semblables en cela aux républiques du centre et du sud de l’Amérique. Enfin, pour remédier aux contradictions suscitées par l’inégalité de développement du capitalisme mondial, il n’y aura que la guerre ou la révolution.
Sur la question de l’impérialisme et de la guerre, donc, les évènements afro-asiatiques n’apportent que des confirmations au marxisme. Nous terminerons là notre « bilan », qui n’a certes pas la prétention d’avoir épuisé le sujet, mais qui vise seulement à fournir du matériel pour une élaboration ultérieure plus complète de la question.
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