Algérie. La révolution et la lutte anticoloniale dans l’analyse marxiste

( Brochure «le prolétaire», Août 2025 , format A4, 72 pages, Prix : 6  € ) - pdf

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Sommaire

De la révolution anticoloniale à la révolution prolétarienne

8 mai 1945 : Dès la fin de la guerre mondiale, l’impérialisme français déclenchait une bestiale répression coloniale en Algérie (“Le Prolétaire”, n° 476,  avril-mai 2005)   

La paix ? (“Programme communiste”, n°  19, avril-juin 1962)

Bases et perspectives économico-sociales du conflit algérien (“Programme communiste”, n°  15, avril-juin 1961)

Le communisme et les partis algériens (“Programme communiste”, n°  11, avril-juin 1960, n°  12, juillet-septembre 1960 et n°  13, octobre-décembre 1960)

Quelques remarques sur la question coloniale (“Programme communiste”, n°  9, octobre-novembre-décembre 1959)

Le parti communiste français (PCF) et la question coloniale (“Programme communiste”, n°  5, octobre-novembre-décembre 1958)

Encore le PC et la question coloniale (“Programme communiste”, n°  6, janvier-février-mars 1959)

La question coloniale : un premier bilan (“Programme communiste”, n°  4, juillet-août-septembre 1958)

Physionomie sociale des révolutions anti-coloniales (“Programme communiste”, n°  2, janvier-mars 1958)

Annexes :

Rosa Luxembourg. Les fastes de la colonisation française en Algérie.  L’accumulation du capital, tome II, extrait de la partie III. Les conditions historiques de l’accumulation, chapitre XXVII : La lutte contre l’économie naturelle

L’Algérie contemporaine. Complément statistique au texte de Rosa Luxembourg (“Programme communiste”, n°  5, octobre-décembre 1958)

 


 

L’Algérie contemporaine

Complément statistique au texte de Rosa Luxembourg

( Programme communiste, no 5, octobre-décembre 1958 )

 

 

La superficie totale de l’Algérie est de 2 205 000 km2 en incluant les Territoires du Sud, c’est-à-dire ceux d’Aïn Sefra (Colomb-Béchar), Ghardaïa (Laghouat), et les oasis sahariennes (Ouargla), rattachés à l’Algérie au début du siècle.

La superficie de l’Algérie du Nord seule est de 210 000 km2, soit environ 21 000 000 d’hectares. Ces superficies tirées du Nouveau Larousse Universel, édition de 1948, ne coïncident pas avec celles prises en considération par Rosa Luxembourg en 1911. On peut expliquer la différence par la nature des sources utilisées par elle en ce qui concerne, notamment, les Territoires du Sud. On sait en effet que ces derniers ont été l’objet de contestations entre la Grande-Bretagne et la France, notamment après l’incident de Fachoda en 1898 ; de ce fait la réorganisation administrative s’est poursuivie jusqu’en 1908, époque des premières sources officielles en matière de superficies. L’hypothèse selon laquelle R. Luxembourg a utilisé des chiffres qui ont par la suite varié en fonction des nouvelles délimitations politiques est donc vraisemblable.

La superficie de 21 000 000 ha est en tous cas la base de tous les documents que nous avons utilisés, et qui, tous écrits entre 1948 et 1955, concordent entre eux. C’est ainsi qu’une brochure éditée par le Gouvernement général de l’Algérie en 1955 nous indique que ces 21 000 000 ha nourrissent une population totale de 8 450 000 habitants. Nous y lisons que 850 000 Européens (1/10 du total environ) y exploitent environ 2 000 000 ha (soit 1/10 de la superficie) à titre de propriété privée. Les 19 000 000 ha restants demeureraient ainsi à la disposition des 7,7 millions de Musulmans. Un équilibre apparent se dégage de ces chiffres, mais il y a lieu de les analyser pour voir la répartition et la nature des terres en cause et obtenir la véritable physionomie de l’économie agraire de l’Algérie.

Nous apporterons en même temps quelques données sur les rapports économiques entre la France et l’Algérie qui, fondés sur les principes du pacte colonial, démontrent que l’Algérie est source de matières premières et débouché pour les produits manufacturés français.

 

*         *         *

 

En matière agraire, c’est un chiffre de 20 963 580 ha qui, en 1863, a servi de base à l’application du sénatus-consulte impérial sur la répartition de la terre. On sait que la base de la législation actuelle dans ce domaine date de cette époque.

Sur ce total (1) :

 

• 5 550 835 ha étaient sans valeur pour l’agriculture et déclarés appartenir au domaine public.

• 4 575 117 ha appartenaient à l’État qui se les réserva en faveur de la colonisation officielle, puis privée.

• 4 458 805 ha appartenaient aux communes, dont seuls 223 000 ha environ propres à l’agriculture devaient être affermés à des fellahs. Le solde était impropre à toute mise en valeur (culture et élevage) soit 4 235 805 ha.

• La propriété privée était enfin réputée s’élever à 11 384 120 ha dont environ 6 800 000 constituaient les terres arables, et 4 584 120 ha représentaient des pacages et des boisements.

 

Pour établir maintenant, face à cette répartition de la propriété juridique, la répartition en terres improductives, zones forestières et terres utilisables pour l’agriculture, nous citerons une autre étude : Aspects et réalités de l’Algérie agricole, éditée à Alger en 1955 par des membres d’une école d’agriculture :

 

Terres improductives

(En hectares)

 

Domaine public 550 000
Communes 4 235 000
État 715 000
Total 5 500 000

 

Zones forestières appartenant à des exploitations

(En hectares)

 

Privées 485 000
Communes 358 000
État 2 157 000
Total 3 000 000

 

Terres utilisées pour l’agriculture

(En hectares)

 

Parcours et pâturages 5 700 000
Terres arables 6 800 000
Total 12 500 000

 

Sur les 6 800 000 ha de terres arables, on évalue à 2 400 000 ha les terres en jachère et au repos. Les terres cultivées représentent donc en moyenne seulement 4 400 000 ha, soit 21% de la superficie totale de l’Algérie - contre 70% en France, où l’agriculture dispose de 39 000 000 ha.

Sur les 4 575 000 ha [chiffres arrondis] que l’État s’est approprié, grâce à des fictions juridiques, au détriment des associations familiales kabyles et des terres collectives des tribus, si l’on déduit 715 000 ha de terres improductives et les 2 157 000 ha de zones forestières encore en sa possession aujourd’hui, il ressort que 1 703 000 ha ont été cédés par l’État à des colons. En particulier, plus de 16% des zones forestières : 485 000 ha sur 3 millions sont propriété privée (par exemple, une société française possède à elle seule 50 000 ha de chêne-liège en Kabylie). Ces terres d’État arrachées aux indigènes et remises à des colons, qu’en est-il advenu ? Pour défricher ou enrichir leurs terres, les colons ont brûlé des forêts entières. L’Encyclopædia Britannica de 1911 fait état à ce propos d’un rapport du Consulat anglais à Alger en 1902 qui évaluait à près de 6 millions d’arbres détruits les dégâts causés par les colons. À cause du manque de forêts, la sécheresse s’est étendue et approfondie sur de vastes territoires et, en 1949, les indigènes perdirent près de 3 millions de têtes de bétail. En s’appropriant des pacages (des bois et des forêts) l’État a sapé les bases de l’élevage au profit d’une colonisation qui a échoué en grande partie, car les cultures qu’on a voulu introduire ou bien ne se sont pas acclimatées, ou bien les conditions climatiques n’ont pas permis la rentabilité capitaliste que les colons espéraient.

Voyons maintenant quelle est la répartition de la propriété privée entre les Musulmans et les Européens :

 

a. Évolution de la superficie de la propriété européenne

(En hectares)

 

Année Superficie
1850 115 000
1870 765 000
1890 1 600 000
1900 1 181 000
1910 1 846 000
1917 2 317 000
1929 2 344 000
1940 2 720 000

 

b. Structure comparée des exploitations

(1940)

 

  Européens Musulmans
  nb exploitants nb hectares nb exploitants nb hectares
Moins de 10 ha 8 202 40 000 391 021 1 850 000
De 10 à 50 ha 7 002 209 000 118 000 3 013 000
De 50 à 100 ha 3 968 306 000 17 400 1 226 000
De 100 à 500 ha 5 170 1 202 000 5 015 1 108 000
Plus de 500 ha 900 963 000 600 474 000
Totaux 25 242 2 720 000 532 036 7 671 000

 

Mais toutes ces données appellent les remarques suivantes :

 

1.  2 165 000 ha de terres riches (sur 4 400 000 ha environ, la moitié) sont concentrés entre les mains d’environ 6 000 propriétaires européens (70 colons, entre autres, possèdent chacun plus de 10 000 ha).

2.  141 000 propriétaires musulmans seulement possèdent plus de 10 ha de terre.

3.  Tous les exploitants européens, mais seulement les Musulmans qui exploitent plus de 50 ha pratiquent une agriculture évoluée.

4.  Sur un total de 50 000 exploitants pratiquant une agriculture évoluée près des 3/5 sont Européens.

5.  Plus de 500 000 fellahs, qui disposent de moins des 2/3 des terres réellement cultivables, se consacrent à l’agriculture traditionnelle.

6.  Résultats frappants de la politique du cantonnement, de l’établissement de la « propriété privée » (voir R. Luxembourg) : sur l’ensemble des exploitations musulmanes, moins du quart est d’un seul tenant, la moitié est constituée de 2 à 5 parcelles, le quart restant est morcelé jusqu’à 31 parcelles (2).

 

Il nous faut indiquer maintenant les principaux secteurs de la production agricole algérienne. (Sources : La paysannerie musulmane, 1955, et Les grands secteurs de l’agriculture algérienne, Gouvernement général, Algérie, 1956).

 

Les principaux secteurs de la production agricole algérienne

(En hectares)

 

  Européens Musulmans
Terres au repos ou jachère 1 800 000 650 000
Céréales d’été et d’hiver 2 670 000 910 000
Légumes secs 80 500 42 000
Vignoble 42 000 356 000
Agrumes 4 000 29 000
Arbres fruitiers 164 500 35 000
Cultures maraîchères 28 000 27 000
Cultures fourragères 96 500 103 000
Totaux 4 885 500 2 152 000

 

Il s’agit de chiffres moyens, variant d’une année sur l’autre, et que nous avons cités plus pour le rapport existant entre les cultures musulmanes et européennes que pour leur valeur intrinsèque. Mais nous devons compléter ce tableau par les données suivantes :

 

1.  Sur les 2 450 000 ha de terres au repos ou en jachère, 1 800 000 ha appartenant aux Musulmans représentent près du tiers de leur propriété, tandis que seul un peu plus du quart des propriétés européennes demeure au repos. Il y a jachère et terre au repos. Jachère musulmane, en grande partie parce que la pauvreté de la terre et un grattage primitif dont l’érosion est la principale bénéficiaire (3) interdisent toute récolte. La terre est alors laissée à l’abandon et à la pâture de maigres troupeaux.

2.  Un dixième seulement de la superficie plantée de vignes appartient aux Musulmans.

3.  900 000 ha de céréales cultivés rationnellement par les Européens produisent plus de 8 millions de quintaux (la moitié est constituée de blé tendre destiné à l’exportation), alors que 2 600 000 ha surtout cultivés traditionnellement (en blé dur destiné à l’autoconsommation familiale) ne parviennent à produire que 11 à 12 millions de quintaux.

4.  Le capitalisme agricole s’est concentré en majeure partie sur la vigne, les agrumes et les arbres fruitiers (sur une valeur de production agricole de 142 milliards, 50 proviennent de la vigne, 16,5 des agrumes et cultures maraichères, et 20 milliards des arbres fruitiers). Si les officiels ont pu calculer la valeur de la production agricole, c’est la partie commercialisée de celle-ci qui a été prise en considération. Seule une estimation approximative de l’autoconsommation des agriculteurs (20 milliards en 1953) a été réalisée par le Rapport Maspetiol en 1955. Cette autoconsommation n’a pu porter évidemment que sur les céréales et sur une faible part des fruits et légumes.

 

L’évolution du vignoble algérien

(Valeurs en hectares)

 

Année Nb d’hectares
1850 810
1878 20 000
1888 103 000
1895 121 500
1905 162 000
1930 221 000
1955 400 000

 

Entre 1929 et 1931, près de 250 000 ha de vignes ont été plantés à la hâte. (Voir note (3) sur les conséquences de ce passage massif à la vigne : l’érosion).

La concentration du vignoble est à retenir : dans la plaine de la Mitidja près d’Alger, en 1930, plus de la moitié de la surface totale plantée de vignes est occupée par des propriétés de plus de 100 ha. Dans l’arrondissement d’Oran, en 1929, 100 vignobles de plus de 100 ha couvraient 42,7% de la surface totale complantée.

Pour les agrumes, contre 4 000 ha plantés en 1913 plus de 30 000 le sont en 1952. Notons aussi que la quasi-totalité du vin (en 1953, sur 18 millions d’hectolitres, 2 millions étaient consommés sur place) est exportée vers la France.

A titre d’exemple, montrons maintenant la part de la propriété musulmane dans les meilleures terres des plaines et des coteaux du Tell :

 

Propriété musulmane dans les meilleures terres du Tell

 

Sahel d’Alger 2 700 ha sur 38 300 ha
Mitidja 20 000 ha sur 118 000 ha
Plateaux d’Oran et de Saint-Cloud 6 000 ha sur 46 000 ha
Plateaux de Mostaganem 11 200 ha sur 48 700 ha
Plaine de Bône 14 400 ha sur 42 400 ha
Région de Sidi Bel Abbès 970 000 ha, dont 320 000 ha improductifs, 173 000 ha de forêts, 477 000 ha cultivables

 

Surfaces cultivées

(En hectares)

      

  Par les Européens Par les Musulmans
Céréales 94 000 81 000
Vignes 35 500 600
Arbres fruitiers 5 000 2 000
Terres au repos 70 000 22 000
Terrains de parcours 17 000 150 000

 

*         *         *

 

En ce qui concerne la population musulmane, elle a doublé en un demi-siècle (1886 : 3 500 000 et 1948 : 7 600 000). C’est l’augmentation de la population rurale de 3,5 millions à 5,7 millions qui est à retenir. L’excédent de la population rurale, poussé par la misère et la faim (la production totale de grains par tête d’habitant musulman s’effondre, de plus de 5 quintaux à moins de 2 quintaux, entre 1872 et 1948), subissant un chômage partiel ou total, végète à la campagne, s’entasse dans les bidonvilles de la côte (Constantine a vu sa population tripler en 50 ans, Oran sextupler, Alger septupler), ou émigre en France (les Algériens en France représentent en moyenne 13 à 15% de la population mâle adulte ; pour la Grande et la Petite Kabylie, la proportion d’émigrants atteint souvent 35 et même 50%).

Les statistiques mettent en évidence une population active de 3,2 millions, soit 2,1 millions d’hommes et 1,1 million de femmes. Sur cette population active musulmane, l’agriculture - dont on sait qu’elle doit nourrir 5,7 millions d’individus - occupe 2,8 millions de personnes, dont 1,7 millions d’hommes et 1 million de femmes. Puisque seuls environ 550 000 sont fellahs (propriétaires exploitants) sur un total de 1 700 000 chefs de famille, on peut être certain de compter plus d’un million et demi de journaliers agricoles, hommes et femmes, qui sont parqués dans les exploitations européennes des plaines à vin, agrumes et cultures maraîchères. Dans les villes, s’entassent près de 1,5 million de Musulmans, dont le quart seulement sont artisans, le reste étant constitué par un pur prolétariat, essentiellement confiné aux activités de manœuvres (84%).

 

*         *         *

 

Au sujet du commerce extérieur de l’Algérie, dont on trouvera ci-dessous l’évolution depuis la conquête, on sait que depuis 1835 les marchandises françaises entrent librement en Algérie et qu’à partir de 1867 la totalité des marchandises algériennes exportées en France n’y paient aucun droit d’entrée. Dès 1892, à la suite de l’élévation du tarif des douanes en France, on constate la disparition presque complète du commerce de l’Algérie avec d’autres pays que la France.

 

Total des importations et exportations de l’Algérie

(Valeurs en livres sterling)

 

Année £
1830 175 000
1850 5 000 000
1880 17 000 000
1890 20 000 000
1905 24 500 000
1950 263 000 000
1954 359 000 000
1955 555 000 000

 

 

La structure coloniale de l’Algérie est la mieux mise en relief par l’orientation de l’industrie algérienne, dont la production minière est presque tout entière exportée à l’état brut, comme le montrent clairement les chiffres suivants :

 

Production minière (1953)

 

  Production Exportation
Minerai de fer 3 372 3 211
Phosphates 603 561

 

La production des phosphates est passée de 320 milliers de tonnes en 1905 à 603 milliers de tonnes en 1953. La production/extraction de minerai de fer est concentrée entre les mains d’une seule société (exclusivité jusqu’à épuisement) à raison de 78% du total produit en Algérie.

 

*         *         *

  

Ce bref panorama de l’Algérie contemporaine nous permettra, dans un article ultérieur, l’examen des perspectives, politiques, et notamment des possibilités d’ériger un État national algérien. Pour cela, nous rappellerons les causes historiques de la stagnation du pays jusqu’à la conquête française. Cette stagnation, à nos yeux, ne provient pas d’une incapacité d’une race ou d’un peuple inférieur aux autres : l’histoire de la partie de la Berbèrie que les troupes de Louis-Philippe isolèrent dans le sang de son contexte historico-économique nous fournira une explication purement matérialiste de cette stagnation. Nous y justifierons en particulier le fait que les peuples arabo-berbères n’ont jamais pu se doter de formes d’organisation de la production et, partant, de formes sociales susceptibles d’évoluer, même tardivement, vers des structures appelant l’État national, comme au Maroc. La pétrification des formes sociales jusqu’ au milieu du XIXe siècle nous aidera à comprendre comment et pourquoi, sur cette terre ingrate, la conquête française s’est heurtée près d’un siècle durant à une résistance dont les origines étaient justifiées par une forme de domination de la nature parfaitement adaptée aux conditions du pays (communisme primitif tribal, ce qu’illustre R. Luxembourg). Au lieu d’une stagnation c’est en fait un exemple de résistance consciente d’un groupe humain à une nature hostile que l’histoire de l’Algérie nous offre.

L’histoire de la pénétration du capitalisme en Algérie, son gaspillage de forces et, finalement, son demi-échec par la limitation de l’extension des formes de production bourgeoises à ce pays, nous fonde à conclure qu’au lieu de mener de pair la décomposition des structures sociales pré-bourgeoises et le progrès industriel, le capitalisme, dans cette zone, n’a en fait procédé qu’à un pillage pur et simple, transforment des millions d’individus en « sans réserve » désespérés. Rosa Luxembourg montre, par exemple, que la mobilité de la propriété rurale obtenue par le morcellement des terres collectives n’a servi que les spéculateurs et non l’implantation de formes de production modernes.

Nous joindrons alors quelques remarques sur l’évolution des mouvements bourgeois d’indépendance, leurs origines et leurs différents objectifs, et nous montrerons pourquoi, jamais clairement et nettement énoncés par une minorité avant ces dernières années, ces objectifs demeurent privés d’un support suffisant de l’infrastructure économique et sociale. Jusqu’aux formes mêmes de la lutte violente contre l’impérialisme que nous connaissons sont étroitement liées à une absence de perspectives, qui est évidemment liée organiquement, elle-même, à l’attitude et à l’action des partis ouvriers français. Cette liaison nécessaire entre le mouvement d’indépendance nationale dans un pays colonial et le mouvement ouvrier du pays impérialiste ne pouvait trouver meilleure application que dans le cas France-Algérie.

Le recul révolutionnaire, significatif de la période actuelle, est lourd de conséquences non seulement pour l’Algérie où il interdit toute ouverture positive à l’évolution du conflit, même dans le cadre purement bourgeois de la lutte nationale, mais encore en France où il offre un dérivatif raciste à d’éventuelles explosions de la lutte des classes.

Dialectiquement, cette impossibilité de l’application de solutions bourgeoise de type « bourguibisme » ou du Maroc de l’Istiqlal [Parti de l’indépendance] est un gage du rôle révolutionnaire que pourrait jouer le mouvement nationaliste algérien dans le cadre d’une double révolution en Afrique. Nous aurons l’occasion de revenir plus longuement sur tous ces aspects dans un prochain numéro.

 


 

(1) Tous les chiffres qui suivent sont tirés d’une étude intitulée : La paysannerie musulmane de A. Guellati, en 1955.

(2) Cité dans Aspects et réalités de l’Algérie agricole.

(3) L’érosion frappe l’agriculture algérienne à raison de 40 000 ha environ de terres perdues chaque année (selon R. Dumont : Économie agricole dans le monde). Elle a deux causes principales : la première résulte des méthodes primitives des indigènes sur les terres qui leur ont été laissées, et surtout du fait que la colonisation, en les expropriant des terres fertiles, les a obligés à déboiser et à défricher des terres de plus en plus élevées en altitude ; la seconde est la conséquence d’une exploitation forcenée, dans les vignes surtout, en vue d’un rendement immédiat (les rendements dans les vignobles d’Oran et de Bône s’abaissent jusqu’à n’être plus maintenant que de 15 hectolitres à l’hectare au lieu de 80 hectolitres).

 

 

Parti Communiste International

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